(Toronto) Des experts ne croient pas que les villes d’Edmonton et de Toronto – qui accueilleront les activités de la LNH au cours des prochaines semaines – bénéficieront énormément des retombées économiques occasionnées par la reprise des activités.

David Friend
La Presse canadienne

Selon l’économiste en chef de la Banque de Montréal, Douglas Porter, les retombées seront au mieux « modestes ».

« Quand on pense au nombre de touristes qui se trouveraient normalement à Toronto pendant la haute saison touristique, je suis persuadé que ce sera de l’ordre de moins de 1 %, estime-t-il. En réalité, ça ne fera pas bouger les indicateurs. »

Des centaines de personnes pourront trouver du travail dans des secteurs liés aux activités de la LNH ou à leur périphérie, comme la sécurité, l’entretien des patinoires ainsi que les services de restauration et hôteliers.

M. Porter, qui est un amateur de hockey de longue date, dit s’attendre à une hausse du moral « raisonnablement significative » des Canadiens qui attendaient le retour des joueurs sur la glace au milieu de la pandémie de COVID-19.

Les matchs devront commencer dès le 1er août. Six équipes canadiennes, dont les Canadiens de Montréal, participent au tournoi de qualification en vue des séries éliminatoires. Les matchs seront toutefois disputés à huis clos.

Edmonton et Toronto ont été confirmées vendredi comme villes-hôtesses des activités de la LNH.

« Le fait qu’une partie de notre monde retourne à une sorte de normalité contribuera à renforcer le sentiment que les choses vont généralement dans cette direction et pourraient aider à soutenir la reprise », souligne M. Porter.

Le retour progressif des grands évènements sportifs a suscité beaucoup d’intérêt ces dernières semaines.

Toutefois, à cause d’un bon nombre de ces facteurs, il est difficile d’évaluer les retombées économiques d’un retour du hockey.

Michael Naraine, professeur à l’Université Brock à St. Catharines, dit que la reprise des activités est liée à d’importantes sommes d’argent qui étaient en jeu, notamment du côté des grandes sociétés.

« Le principal moteur de revenus du sport est les droits de diffusion », soutient ce professeur adjoint de gestion et de marketing du sport numérique.

« Les circuits ont besoin que les annonceurs reviennent. La ligue elle-même doit tirer ses revenus des réseaux NBC et de Sportsnet. »

Plusieurs politiciens, comme le premier ministre albertain Jason Kenney, se sont mis à pied d’œuvre pour faire la promotion de leur ville pour accueillir les activités de la LNH.

Selon M. Naraine, cette implication des autorités publiques visait plus à « flatter » leurs électeurs qu’à obtenir des retombées économiques significatives. C’est particulièrement vrai pour Edmonton, ajoute-t-il.

« La venue d’évènements majeurs leur permet de se battre la poitrine et de dire : “Nous existons. Nous sommes sur la carte. Venez nous regarder.” Mais le fait que la ville-plaque tournante soit à Edmonton n’est pas différent de savoir si la ville-plaque tournante serait à Toronto, à Vancouver ou ailleurs. Cela ne va pas stimuler tout d’un coup le tourisme de façon significative ».

Patrick Rishe, professeur de sport à l’Université de Washington à St. Louis, juge qu’il peut être utile de mettre en vedette une ville canadienne moins connue à la télévision.

« On ne sait jamais, commente-t-il. Faire une bonne action pour la ligue maintenant, cela pourrait rapporter plus tard des dividendes. »

Tout ce qui peut ressembler à un match régulier de la LNH sera le bienvenu, s’emballe Dana Parris, propriétaire du bar sportif Lockeroom à Barrie, en Ontario.

Même si son commerce se trouve à plus de 100 kilomètres du centre-ville de Toronto, elle prévoit que l’excitation se répercutera sur ses clients.

« Si nous pouvions faire revenir le sport et que nous atteignions l’étape 3 [du plan de réouverture, en Ontario] à la même période, j’arrêterais probablement de pleurer pour dormir, dit Mme Parris. Si tous deux se déroulent en même temps, cela sera la plus belle des nouvelles. »