En attendant le décollage de sa CSeries, Bombardier (T.BBD.B) a lancé lundi une version à 100 sièges plus économique de son populaire jet régional. Une décision qui a ramené le sourire sur le visage des travailleurs de Mirabel... et sur celui des actionnaires, même si des doutes persistent.

Martin Vallières

En attendant le décollage de sa CSeries, Bombardier [[|ticker sym='T.BBD.B'|]] a lancé lundi une version à 100 sièges plus économique de son populaire jet régional. Une décision qui a ramené le sourire sur le visage des travailleurs de Mirabel... et sur celui des actionnaires, même si des doutes persistent.

Trop chères, trop vite, les actions de Bombardier?

C'est le doute exprimé par des analystes boursiers envers le géant montréalais, lundi, après son lancement d'une version de 100 places de ses jets régionaux CRJ.

Certes, la réaction immédiate des investisseurs en Bourse a été positive. Les actions de Bombardier ont enregistré un autre gain de 5,5 % lundi à la Bourse de Toronto, pour terminer à 4,79 $.

C'est leur prix le plus élevé depuis presque trois ans, soit depuis le 28 mai 2004 plus exactement. Mais ça représente aussi un regain de 65 % depuis un an.

Et c'est là que les analystes ont des doutes, d'autant que leur prix cible moyen pour les actions de Bombardier cote encore autour de 4 $.

«La demande pour des CRJ de 100 places est limitée. De plus, la rentabilité des jets régionaux pour Bombardier est minime, sinon nulle», a indiqué Cameron Doerksen, analyste en aviation chez Partenaires Versant, dans une note à ses clients, lundi.

Mais au moins, selon l'analyste, le coût de lancement du CRJ1000 s'annonce relativement faible.

Environ 300 millions US, a indiqué Bombardier, une somme financée par ses propres moyens, sans partenaire additionnel.

Pour Benoît Poirier, analyste chez Valeurs mobilières Desjardins, «ce nouveau jet régional de Bombardier devrait rehausser son offre par rapport au concurrent Embraer, du point de vue des transporteurs aériens régionaux.»

Mais l'analyste souligne aussi que le CRJ1000 de Bombardier devra «concurrencer directement» le jet régional Embraer 190, un récent succès pour l'avionneur brésilien avec 300 commandes fermes.

Aussi, ce qui devrait réconforter les salariés de Bombardier à Montréal, les analystes estiment que les commandes de lancement du CRJ1000 (38 fermes et 23 en options) devraient stabiliser la cadence de production aux usines de Dorval et Mirabel.

«Ces commandes initiales de CRJ1000 insuffleront un peu d'air frais dans le chaîne d'assemblage des jets régionaux de Bombardier, qui risquait encore de glisser sous les 50 avions par an», a souligné Cameron Doerksen.

En fait, avec les nouvelles ventes de CRJ1000 et les 30 jets CRJ900 (90 places) commandés le mois dernier par Delta, l'analyste entrevoit une stabilisation de la production «pour les deux prochaines années.»

Cela dit, les actionnaires de Bombardier, eux, ne devraient pas tenir pour acquis le regain de leurs titres depuis quelques mois.

Même qu'une bonne majorité d'analystes qui suivent l'entreprise recommandent la vente de ses actions plutôt que leur maintien en portefeuille. Ils recommandent encore moins leur achat, montre un relevé de l'agence Bloomberg auprès de 17 analystes.

Pour l'essentiel, ils estiment que le regain boursier récent de Bombardier, même réconfortant, serait exagéré par rapport aux prochains résultats attendus de l'entreprise.

À leur prix actuel, converti en dollars américains comme les résultats de Bombardier, ses actions s'échangent à 33 fois le bénéfice par action anticipé (12 cents US) pour l'exercice tout juste terminé, le 31 janvier. Ça représente aussi un multiple d'au moins 22 fois le bénéfice par action anticipé pour le prochain exercice, qui débute à peine chez Bombardier.

«Ce sont des multiples plutôt riches», selon l'analyste Cameron Doerksen.

Il cite la marge bénéficiaire encore faible de Bombardier en aéronautique, malgré l'élan des ventes de jets d'affaires.

Il s'agit d'une faiblesse que ne pourrait compenser pleinement la meilleure marge bénéficiaire de sa division de trains.

«Les actions de Bombardier se négocient plus chères avec l'anticipation évidente des investisseurs pour des marges bénéficiaires beaucoup plus élevées. Mais si l'entreprise ne réalise pas ses objectifs très bientôt à cet égard, ses actions vont redescendre», appréhende M. Doerksen.

Sentiment semblable de la part de Claude Proulx, l'analyste qui suit Bombardier chez Marchés des capitaux BMO, à Montréal.

Après l'annonce du CRJ1000, lundi, il a réitéré son avis de «sous-performance de marché» envers les actions de l'avionneur.

Son prix cible d'ici un an cote à seulement 3,20 $ par action, bien en deça de son cours actuel.

Pour sa part, l'analyste Benoit Poirier, de Valeurs mobilières Desjardins, a maintenu sa recommandation d'achat des actions de Bombardier.

Il fait un peu bande à part en ce sens. Mais le rendement attendu s'annonce aussi très mince.

Son prix cible d'ici un an, qu'il a aussi réitéré lundi, est à 4,80 $ l'action, à peine un cent de plus que sa fermeture de lundi.