Le retour en force des tournages étrangers en 2021 malgré la pandémie a permis au Québec de battre un record vieux de presque deux décennies. À moins d’un imprévu, les retombées de ces productions devraient poursuivre sur leur lancée pour franchir la barre du demi-milliard de dollar cette année.

Tous les indicateurs sont au vert pour le Bureau du cinéma et de la télévision du Québec (BCTQ), qui présentera son bilan de la dernière année ce jeudi. Le créneau des effets visuels a aussi connu une année record, tandis que le secteur de l’animation a aussi repris du poil de la bête.

« Je pense qu’on peut l’espérer, affirme Christine Maestracci, présidente-directrice générale du BCTQ, interrogée sur la possibilité de voir les retombées économiques des tournages étrangers être supérieures à 500 millions. Il y a une tendance de fond à la croissance globale de tous les secteurs. »

En poste depuis moins de six mois après une carrière chez Québecor, la dirigeante de l’organisme responsable des tournages étrangers et de l’industrie des effets visuels anticipe une autre « excellente année » même si le variant Omicron a ralenti la cadence du côté des tournages étrangers en début d’année.

Après le plongeon observé en 2020 en raison des confinements pour lutter contre la COVID-19, les tournages étrangers ont repris du poil de la bête pour enregistrer des retombées de 470 millions l’an dernier, loin devant le record de 399 millions enregistré en 2002-2003.

Cette performance dépasse également l’objectif de 450 millions fixé pour 2023.

Le Québec a ainsi accueilli 21 tournages étrangers en 2021 – 8 séries et 13 longs métrages. On y retrouve notamment Three Pines, première série d’Amazon tournée dans la province, Ghosts et le film à grand budget Transformers 7 : Rise of the Beasts. Il y a eu plus de projets en 2019 (30), mais le budget moyen des productions a été plus important l’an dernier.

PHOTO TIRÉE D’IMDB

La série Ghosts a été tournée au Québec en 2021.

Cette augmentation des retombées s’inscrit dans une tendance qui s’observe ailleurs dans le monde. Elle est aussi alimentée par la multiplication des services de diffusion comme Netflix et Amazon Prime Video, ainsi que par une progression des budgets des productions étrangères. Ils sont généralement de « 35 millions et plus », selon Mme Maestracci.

Elle souligne également que les séries télévisées contribuent de façon plus importante aux retombées.

PHOTO MELANY BERNIER, FOURNIE PAR LE BCTQ

Christine Maestracci, présidente-directrice générale du Bureau du cinéma et de la télévision du Québec

Nous sommes en mesure d’attirer des séries d’importance. Cela pérennise la venue des producteurs et assure du travail sur une plus longue durée. Certains projets ont été renouvelés et seront là en 2022.

Christine Maestracci, présidente-directrice générale du Bureau du cinéma et de la télévision du Québec

En 2021, les activités n’ont pas été trop perturbées par le variant Omicron. L’impact a plutôt été ressenti en début d’année 2022.

« Les producteurs étrangers sont un peu plus prudents et certains ont déplacé un peu la venue des tournages, explique la présidente du BCTQ. Des projets prévus en janvier ou en février ont par exemple été déplacés au printemps ou plus tard, à l’automne. C’est un léger retard, mais on n’a pas d’inquiétudes pour 2022. »

Au Québec, les productions étrangères sont admissibles à un crédit d’impôt provincial de 20 %, ce qui représente une ponction d’environ 95 millions pour le Trésor québécois.

Effets visuels à vive allure

Des projets comme les longs métrages Fantastic Beasts : The Secrets of Dumbledore et Moonfall, ainsi que les séries The Mysterious Benedict Society et Stranger Things ont permis au secteur des effets visuels de générer des retombées records de 780 millions. Cette marque dépasse le précédent sommet de 699 millions enregistré en 2019.

« Nous sommes l’un des trois pôles mondiaux à ce chapitre », dit Mme Maestracci, qui continue à entrevoir de la croissance.

PHOTO FOURNIE PAR NETFLIX

Des effets visuels de la série Stranger Things ont été réalisés au Québec.

Les contrats, dans le secteur des effets visuels, proviennent généralement des studios de cinéma et de la télévision. L’effervescence des tournages y profite donc. Dans ce secteur, les producteurs étrangers reçoivent un crédit d’impôt provincial de 36 % pour leurs dépenses effectuées au Québec. L’impact de la mesure est donc de 280 millions pour 2021.

Les entreprises québécoises ont aussi réalisé pour 171 millions de contrats de films d’animation. La hausse est de 7,5 % sur un an, mais la somme constitue un recul par rapport à 193 millions en 2019.

Capable de croître

Dans un contexte où la demande augmente, mais la main-d’œuvre est rare, la présidente du BCTQ croit que le Québec peut répondre aux attentes. Grandé Studios et MELS, deux studios qui accueillent des productions hollywoodiennes, ont annoncé des projets d’expansion dans la dernière année, souligne Mme Maestracci.

« La rareté de la main-d’œuvre se fait sentir dans toutes les sphères, ajoute-t-elle. Il faut être en mesure d’avoir encore plus d’attractivité auprès de la relève. »

Lisez « La pénurie de main-d’œuvre complique les tournages »

Lorsque la masse salariale d’un tournage étranger est supérieure à 2 millions, les producteurs « doivent payer le 1 % de la masse salariale » destiné aux activités de formation, souligne Mme Maestracci. Selon elle, la plupart des producteurs dirigent ces sommes vers le Centre de formation professionnelle en cinéma, télévision, documentaire et médias interactifs, ce qui « profite à l’ensemble de l’industrie locale ».

Professeure à l’École des médias de l’UQAM, Suzanne Lortie n’a pas vu le bilan du BCTQ. La tendance globale s’observait avant la pandémie, souligne l’experte.

« Il y a une tendance à sortir de Hollywood, explique Mme Lortie. Mais les productions québécoises écopent, parce qu’elles ont moins de budget. Il y a une pénurie de main-d’œuvre et une surenchère au chapitre des salaires. C’est criant. La pénurie affecte les productions à petit budget. »

Mme Maestracci croit qu’il faut néanmoins faire le « pari de la croissance ». La présidente du BCTQ estime que l’expertise québécoise est « recherchée ». Certains travailleurs pourraient choisir d’aller travailler à Los Angeles ou à Toronto si l’industrie québécoise cesse d’étendre son rayonnement.

En savoir plus
  • 2,5
    Dépenses directes, en milliards de dollars, des productions locales, étrangères, d’effets visuels et d’animation, en 2021
    SOURCE : BCTQ
    63 000
    Nombre d’emplois directs et indirects liés à la production télévisuelle ou cinématographique et aux services de production
    SOURCE : BCTQ