Les chasseurs de têtes sont surchargés de travail. La pénurie de main-d’œuvre fait sonner leur téléphone plus souvent qu’à l’habitude depuis des mois. Les firmes contactées par La Presse, spécialisées dans les TI, les postes de cadres intermédiaires et supérieurs et les postes d’entrée, confirment une hausse de leurs activités et de leurs revenus.

Isabelle Massé
Isabelle Massé La Presse

« Nous sommes débordés, lance Xavier Thorens, président de Thorens Solutions. Nous avons engagé trois recruteurs récemment. C’est un contexte amplifié par la COVID. Toute l’économie est repartie en même temps. »

Celui-ci affirme travailler personnellement sur 50 mandats. « On en a une centaine en tout à l’heure actuelle, dit-il. On roulait avant à 50-70 mandats. J’ai un peu la tête pleine. »

« On est rendus à un point où on ne cherche même plus de mandats, ajoute Ralph François, PDG de Reelcruit. On en a trop. On ne fait pas d’efforts de développement. On est contactés par des entreprises qui ne faisaient jamais affaire avec des agences avant, comme celles du milieu des jeux vidéo. »

Reelcruit, dont le chiffre d’affaires a crû de près de 40 % en un an, a aussi embauché un recruteur il y a trois semaines et est en quête d’un ou d’une autre.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE

Ralph François, PDG de Reelcruit

Il y a vraiment un besoin. Les entreprises embauchent. Il y a eu une attrition à cause de la COVID et des gens doivent maintenant être remplacés.

Ralph François, PDG de Reelcruit

« On reçoit des dizaines d’appels par semaine de clients », confirme aussi Michel Rouleau, président d’Ancia, dont le chiffre d’affaires a augmenté de près de 40 % en un an et qui a embauché huit recruteurs au cours des derniers mois.

La firme GXB Leadership note que la situation s’est alourdie depuis six mois. « C’est du jamais vu, indique l’associé Emmanuel Boileau. Pas seulement pour les agences de placement, mais également pour les firmes de recherche de cadres intermédiaires et supérieurs comme la nôtre. Normalement, nous devons être proactifs en développement des affaires pour obtenir des mandats de recrutement. Mais en ce moment, nous devons parfois refuser ceux où les chances de succès sont minces ou gérer le nombre de mandats que notre firme peut exécuter. »

D’autres méthodes

La pénurie de main-d’œuvre qui s’accentue fait explorer d’autres avenues de recrutement aux entreprises en quête d’employés. « Les affichages de poste, c’est pas mal terminé comme moyen d’attirer des candidatures, soutient Emmanuel Boileau. Il faut maintenant contacter les gens, les débaucher, les séduire et les retenir une fois embauchés. Il faut aussi se tourner de plus en plus vers l’international. »

« Des entreprises prestigieuses qui arrivaient à attirer des talents facilement font maintenant affaire avec nous », ajoute Ralph François.

Les entreprises contactent les firmes de recrutement pour des types de postes jamais ciblés auparavant. « Il y a de plus en plus de chasse de têtes pour des soudeurs, par exemple, pas juste pour des cadres, note Michel Rouleau. Il y a quatre ans, on ne chassait pas pour des postes de dessinateurs de structure d’acier. Aujourd’hui, on n’a pas le choix d’aller les chatouiller. C’est le marché qui cause ça. »

Par conséquent, la façon de proposer des candidats potentiels a changé. Si la sollicitation est plus élevée, le volume de candidats présentés est moindre. Car ceux qui sont courtisés sont moins enclins à quitter leur poste ou sont déjà en processus d’embauche pour d’autres organisations.

PHOTO FOURNIE PAR THORENS SOLUTIONS

Xavier Thorens, président de Thorens Solutions

Environ 15 % à 20 % des gens abordés sont intéressés, comparativement à 25 % auparavant. On propose, par exemple, deux ou trois candidats au lieu de cinq. En fin de compte, c’est plus d’ouvrage pour nous. Mais la multiplication des outils en recrutement fait qu’on a gagné en efficacité.

Xavier Thorens, président de Thorens Solutions

« Avant, il n’était pas rare de trouver trois candidats et de les proposer au client, confirme aussi Michel Rouleau. Aujourd’hui, on leur dit qu’on en a un bon et de le rencontrer tout de suite ! »

Ralph François note que les chercheurs d’emploi, de leur côté, se font présenter trois ou quatre offres en même temps. « On se sent obligés d’en offrir plusieurs à un candidat, sinon la compétition va le faire, admet-il. Les entreprises font aussi affaire avec plusieurs firmes de recrutement. En cours de route, certaines firmes abandonnent. »

« Les clients sont désespérés, surtout pour de la main-d’œuvre où les emplois sont au salaire minimum, mais de plus en plus inquiets sur la façon d’attirer et de garder le talent pour ce qui est des professionnels et des cadres supérieurs », dit Emmanuel Boileau.

Ironie du sort, les firmes de recrutement sont aussi plus souvent la cible de chasseurs ! « On est comme une école pour les services de ressources humaines des entreprises, où on voit naître de plus en plus des spécialistes en acquisition de talents, illustre Michel Rouleau. On devient une pépinière de talents pour eux ! »