La demande pour le sirop d’érable est en pleine croissance. Seulement en 2020, les exportations canadiennes des produits de l’érable dans le monde ont augmenté de plus de 22 % par rapport à l’année précédente. En réponse à ces ventes inégalées, 3 millions de nouveaux contingents d’entailles seront distribués aux producteurs acéricoles de la province.

Rafael Miró
Rafael Miró La Presse

Ce chiffre, dévoilé le 15 juin, n’est pas définitif : il se pourrait qu’encore plus d’entailles soient accordées au cours de l’été. Les Producteurs et productrices acéricoles du Québec (PPAQ), qui contrôlent les niveaux de production, attendent notamment d’avoir un meilleur portrait de l’état du marché avant de s’engager à autoriser plus d’entailles, selon Simon Trépanier, directeur général des PPAQ. Depuis 2003, le regroupement de producteurs a permis l’exploitation de 17 millions de nouvelles entailles, portant le nombre total à plus de 50 millions.

« On attend des statistiques, indique Simon Trépanier. Les chiffres de vente, les nouvelles exportations, les commandes qu’on va recevoir dans les prochaines semaines, la production officielle au Canada et aux États-Unis. »

Selon Maurice Doyon, professeur d’économie agroalimentaire à l’Université Laval, la demande pour le sirop d’érable connaît depuis de nombreuses années une hausse soutenue. « À une époque où les sucres sont mis à l’index, le sirop d’érable est en forte croissance depuis des années et des années. C’est une belle histoire, et c’est principalement notre succès : c’est nous qui développons la consommation à l’échelle de la planète. »

Des réserves en baisse

Il était important d’annoncer une partie des nouveaux quotas à l’avance, question de rassurer les marchés et de s’assurer que les quantités produites resteraient suffisantes. « Ajouter 5, 4 ou 3 millions d’entailles, souligne Simon Trépanier, ça ne se fait pas en criant ciseaux ! Il faut que les gens achètent des boisés, qu’ils achètent de l’équipement, qu’ils l’installent… Plus vite on l’annoncera, plus vite les gens auront le temps de se préparer. »

La réserve stratégique de sirop d’érable, administrée par les PPAQ, a vu cette année ses stocks baisser à environ 80 millions de livres. Au 1er mars de l’an passé, il y avait 107 millions de livres de sirop d’érable dans les différents entrepôts de la réserve. Même si c’est de loin le plus gros stock de sirop sur la planète, ça n’est pas suffisant, selon les études actuarielles commandées par l’organisme.

On sait que s’il y a moins de 80 millions de livres dans notre réserve, il y a un risque de manquer de sirop.

Serge Beaulieu, président du conseil d’administration des PPAQ

La réserve stratégique doit être assez considérable pour résister à la pire année de production imaginable, car d’après le professeur Maurice Doyon, une rupture de stock serait catastrophique pour la pérennité des contrats d’exportation. Si le Québec venait à manquer de sirop, les importateurs étrangers risqueraient de se tourner vers d’autres régions productrices ou même vers des produits de substitution, en particulier la mélasse.

Cet enjeu touche particulièrement le sirop, car par rapport à la plupart des produits agroalimentaires, sa production est particulièrement volatile, selon Maurice Doyon. « Entre une excellente année et une mauvaise année, la production peut pratiquement passer du simple au double, c’est considérable, indique-t-il. Si j’ai 14 000 poules pondeuses, j’ai une bonne idée du nombre d’œufs que je vais produire. Si j’ai 50 000 entailles, je ne sais pas trop combien de sirop je vais avoir, car la météo touche tous les arbres d’une même région en même temps. »

Un nouveau règlement pour distribuer les entailles

Contrairement aux autres industries agricoles ayant adopté la gestion de l’offre au Québec, l’industrie acéricole fonctionne avec des contingents de productions fixes. Lorsque les PPAQ veulent augmenter la production totale, ces quotas sont distribués, gratuitement, mais en quantité limitée, aux exploitants qui le demandent. Un producteur de sirop d’érable ne peut pas acheter ou vendre ses contingents à un collègue.

Cette année, avant de dévoiler un nombre définitif de nouvelles entailles, les Producteurs doivent attendre que la Régie des marchés agricoles et alimentaires du Québec statue sur la mise à jour d’un règlement demandée par les producteurs de sirop d’érable.

Jusqu’ici, les PPAQ répartissaient les nouvelles entailles entre tous les producteurs déjà établis qui en demandaient. En 2016, les exploitants qui le souhaitaient ont pu obtenir un peu plus de 2000 entailles de cette manière. Pour les nouveaux producteurs, l’organisme organisait plutôt un tirage au sort mettant en jeu jusqu’à 25 000 entailles, afin de pouvoir démarrer une érablière.

Si la Régie devait accepter la modification du règlement demandé par les PPAQ, tous les producteurs pourraient choisir entre ces deux manières d’attribuer des contingents, peu importe s’ils commencent leur érablière ou non.

Rectificatif
Une version antérieure de ce texte indiquait que les producteurs qui le demandaient avaient pu obtenir jusqu’à 2000 entailles l’an passé. C’était plutôt en 2016. Nous avons aussi écrit que les producteurs pourraient dorénavant choisir deux manières d’attribuer des « contrats » ; nous voulions en fait parler de « contingents ». Nos excuses.