Les amateurs de fraises qui commencent normalement leur saison d’autocueillette au moment des festivités de la fête nationale devront s’atteler à la tâche dès maintenant. Les champs débordent déjà de fruits rouges et les producteurs, constatant un début de saison anormalement hâtif, s’attendent à ce que les stocks soient beaucoup moins importants le 24 juin.

Nathaëlle Morissette
Nathaëlle Morissette La Presse

Le prix offert en épicerie est également bas pour cette période de l’année, note Pier-Luc Deschamps, gestionnaire des opérations chez FraiseBec, l’un des plus importants producteurs au pays. L’entreprise, qui cultive sur 65 hectares, produit environ 1,5 million de kilos de fraises annuellement.

« [En épicerie], on est passé de 6,99 $ à 3,99 $ [le panier d’un litre] pour essayer d’écouler des quantités », dit-il. Vérification faite, la plupart des grandes enseignes comme IGA, Metro et Maxi les offrent effectivement à ce prix. Mais celui-ci risque d’augmenter d’ici la fin du mois lorsque les stocks auront diminué, prévient M. Deschamps.

En attendant, l’offre est grande et les producteurs comptent sur les cueilleurs en herbe pour dégarnir les champs. « Ça fait déjà plus d’une semaine qu’on a commencé l’autocueillette. Le 2 juin, on a ouvert nos champs au public. C’est la première fois qu’on voit ça, raconte Pier-Luc Deschamps. Les gens nous appellent pour nous demander si c’est vrai qu’on est ouverts. »

« Drôle de début de saison »

À L’Assomption, Josiane Cormier, copropriétaire de la ferme Cormier, a également entamé sa saison d’autocueillette, car ses champs sont déjà bien rouges. Dans un cas comme dans l’autre, ce début de saison est anormalement hâtif.

« On vit un drôle de début de saison, convient Jennifer Crawford, directrice générale de l’Association des producteurs de fraises et de framboises du Québec. Il y a vraiment un boom de fraises. Il y a comme un embouteillage. Plusieurs variétés de fraises sont prêtes en même temps. Tout est devancé. »

Les gens ne sont pas encore dans ce mode-là nécessairement. L’école n’est pas finie. C’est comme si le marché n’était pas prêt, mais elles sont là, les fraises. On ne peut pas attendre.

Jennifer Crawford, directrice générale de l’Association des producteurs de fraises et de framboises du Québec

Pour permettre aux familles qui ne sont pas encore en vacances de venir cueillir des fraises, Josiane Cormier a prolongé ses heures d’ouverture. « On anticipe le moment où les variétés vont sortir en gros volumes alors que la période des vacances ne sera pas encore commencée. Ça va peut-être déborder », s’inquiète-t-elle.

Est-ce qu’il va y avoir des pertes ? « Il est trop tôt pour le dire, estime Jennifer Crawford. On ouvre tous les canaux. J’ai envoyé des messages aux restaurateurs. Les marchés publics ont commencé aussi. On invite les gens à acheter des quantités pour faire leurs confitures s’ils ont le temps maintenant. On espère vraiment qu’on va réussir à avoir une belle réponse. »

Chaleur en avril

Comment expliquer qu’il y ait autant de fraises aussi tôt en juin ? « On a tellement eu un bel hiver, la neige a fondu vite, le mois d’avril a été chaud et la canicule des derniers jours a fait que ça a explosé [dans les champs] », énumère Pier-Luc Deschamps.

Et comme la saison est en avance, il risque d’y avoir moins de fraises à cueillir les fins de semaine suivant le 24 juin et le 1er juillet, normalement très achalandées dans les champs. « À la Saint-Jean-Baptiste, on va avoir moins de fraises, prévient Pier-Luc Deschamps. Les gens vont vouloir venir en cueillir et on n’en aura pas beaucoup. Toute la production a été devancée. »

Les producteurs de fraises en chiffres (2020)

• 420 entreprises membres de l’Association des producteurs de fraises et framboises du Québec
• Superficie cultivée : 1908 hectares
• Quantité commercialisée : 15 534 tonnes
• Recettes annuelles : 75 millions
Source : Statistique Canada