L’Histoire, depuis quelques années, semble avancer en mode accéléré.

Marie-Claude Lortie Marie-Claude Lortie
La Presse

Évidemment, la pandémie et les confinements imposés ont propulsé à grande vitesse toutes sortes de changements qui vont du pratico-pratique – comme la numérisation d’un paquet d’activités qu’on fait maintenant finalement au téléphone, en vidéoconférence, par courriel – au plus abstrait. Je pense notamment aux réflexions plus vastes sur l’organisation du travail ou de la vie en ville et de l’aménagement du territoire à l’ère de l’internet et sur l’avenir du transport, par exemple.

La pandémie a poussé aux changements, aux réflexions.

Mais ce besoin d’accélérer les transformations, de mettre en place de réelles nouvelles façons de faire, était déjà présent bien avant la pandémie.

L’accélération de l’Histoire, c’est aussi #metoo, Black Lives Matter, maintenant la révolte contre le racisme anti-asiatique, ce sont les demandes de reconnaissance de l’appropriation culturelle… Et toute cette révolution, on y était plongés depuis quelques années quand le virus a débarqué et qu’il a étrangement fait bouger encore plus les choses.

Est-ce parce qu’il a mis tout le monde à cran ? Fait disparaître notre tolérance pour l’intolérable ? Est-ce parce qu’il nous a obligés à nous regarder dans le miroir, puisque nous n’avions pas d’autre chose à faire pendant nos longues journées confinées ?

Ce qui est clair, croit la femme d’affaires Kim Fuller, présidente et fondatrice de Phil, une entreprise montréalaise d’« aide pour les gens qui aident », donc d’accompagnement en philanthropie, c’est qu’il est impossible, maintenant, de ne pas embrasser nos circonstances pour faire réellement des changements attendus depuis longtemps.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Kim Fuller, présidente et fondatrice de Phil

Et pour cela, elle compte sur tout le monde.

En commençant par les entreprises.

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Kim Fuller a fondé Phil il y a 22 ans, d’abord comme agence essentiellement de design, pour aider les organismes philanthropiques avec leurs communications, explique la femme d’affaires. Une fondation qui avait besoin d’un logo, une autre d’un site web. Mais avec les années, les services se sont diversifiés et aujourd’hui, l’agence aide comme consultant pour la récolte de fonds et la planification stratégique. C’est une agence qui permet aux organismes de charité de ne pas avoir à maintenir une équipe permanente de gestionnaires. Des agences comme Phil ou Atypic, le pancanadien KCI, BNP Performance ou Episode, font le travail comme sous-traitants.

« Les organismes de charité ont besoin d’investir dans leur croissance et leur efficacité pour mieux aider ceux qu’ils doivent aider », répond Mme Fuller, quand on lui rappelle que les frais administratifs des organismes de charité sont souvent montrés du doigt.

L’agence est agile. Travaille avec des pigistes.

Et les organismes de charité, rappelle Mme Fuller, « ce sont des gens qui veulent régler nos problèmes ». En aidant les démunis, les individus et les familles faisant face à des besoins spéciaux et des défis particuliers. On est tous contents, quelque part, que les refuges s’occupent des sans-abri ou que les fondations veillent à financer la recherche sur les maladies qui peuvent nous voler nos proches.

Baignée à cœur de jour dans la nécessité de faire le bien, l’agence a décidé un jour de se mettre au défi et de voir si elle-même passait le test. C’est ainsi qu’est née la décision de traverser les étapes pour obtenir la certification B Corp, attribuée par un organisme américain au rayonnement international qui évalue les sociétés pour leur bilan environnemental, humain, éthique, notamment, et qui a accordé son sceau à 35 entreprises du Québec.

Phil l’a eue, puis a vu sa certification renouvelée après trois ans – il faut refaire le processus –, mais en 2018, Mme Fuller a décidé d’ajouter une autre corde à son arc en participant au lancement de #WeTheChange avec une douzaine d’autres femmes à la tête de sociétés certifiées B Corp dans le monde.

Et aujourd’hui, alors qu’on est au cœur de la crise causée par la pandémie, #WeTheChange veut lancer un appel à tous, pour le changement. « La pandémie a mis en pleine lumière les inégalités dans la société », explique Mme Fuller. « Il faut mobiliser le monde des affaires pour changer nos façons de faire, moins punir la planète, faire travailler les personnes marginalisées… »

Selon la femme d’affaires, tous les sujets doivent être mis sur la table dans ce vaste exercice d’introspection que doit accomplir le monde des affaires : diversité, lutte contre les changements climatiques, santé mentale. « Il faut penser à un développement réellement durable. Et plonger dans nos préjugés cachés », dit-elle.

Selon la femme d’affaires, #WeTheChange s’inscrit dans un courant qui vise aussi à aider les entreprises à être non seulement justes, mais aussi plus en accord avec les clients et les travailleurs de demain.

« On le sait que les jeunes choisissent des marques en se basant sur leurs valeurs. »

Des marques à acheter. Des entreprises où aller travailler.

Si les entreprises et les marques veulent durer, elles doivent s’engager dans cette direction.

C’est une question de survie. Et de meilleure vie.