La transformation de la Banque Laurentienne prend une autre dimension à la suite du vote pour la révocation de l’accréditation syndicale survenu la semaine dernière. Et le résultat du scrutin alimentera maintenant les discussions de corridors entourant une vente de l’institution financière.

Richard Dufour Richard Dufour
La Presse

« Oui, ça rend ce scénario-là plus probable », commente l’analyste et expert du secteur bancaire Gabriel Dechaine, de la Financière Banque Nationale.

Le syndicat demeure en place en attendant le traitement d’une plainte pour pratique déloyale, mais il y a des années qu’on chuchote que la Laurentienne pourrait intéresser un acquéreur, si ce n’était la présence d’un syndicat dans l’organisation. En coulisses, on entend souvent dire que la Laurentienne a le « cancer » parce qu’elle est la seule banque syndiquée au pays.

Bien que peu probable aux yeux de Gabriel Dechaine, la vente de la Laurentienne n’est pas impossible. « Mais ce n’est pas un projet facile à réaliser. Une vente de la Laurentienne nécessiterait une approbation des autorités réglementaires et politiques », prévient-il.

Si jamais la Banque Laurentienne devait se faire acheter et qu’une institution financière recevait la permission de le faire, il serait « obligatoire » que ça soit la Banque Nationale ou le Mouvement Desjardins, soutient un spécialiste du secteur financier, qui ne peut être identifié parce qu’il n’a pas l’autorisation de son employeur pour en parler publiquement.

Politiquement, il est peu probable qu’une banque de l’extérieur du Québec obtienne la permission. Il ne serait pas bien perçu qu’une banque de Toronto achète une banque du Québec. C’est un enjeu politique.

Un spécialiste du secteur financier

« Il y a un intérêt pour la Laurentienne », soutient une autre personne qui connaît bien la situation de la Laurentienne et qui demande de ne pas être identifiée afin de protéger ses liens dans l’industrie. « Il y a des actifs à l’intérieur de la banque qui seraient plus facilement vendables que d’autres. Le groupe le plus attrayant est le commercial », affirme cette personne.

La Laurentienne a bouclé des transactions avec ses pairs à plus d’une reprise dans le passé. La Scotia avait accepté d’acquérir une participation en actions dans la Laurentienne au tournant des années 2000 dans le cadre d’un accord par lequel elle cédait à la Laurentienne une quarantaine de succursales qu’elle exploitait au Québec. Toujours au début des années 2000, la TD avait acheté 57 succursales de la Laurentienne à l’extérieur du Québec.

Plus récemment, en 2018, la Laurentienne a cédé à la Banque Nationale son portefeuille de prêts en financement agricole dont la valeur s’élevait à près d’un demi-milliard de dollars.

Gabriel Dechaine souligne par ailleurs que la Laurentienne a beaucoup changé ces derniers mois. « Il y a une nouvelle équipe de direction. Le conseil d’administration est allé chercher quelqu’un de l’extérieur pour diriger la banque et lui a donné le mandat d’améliorer la performance. C’est le signal d’une banque qui veut continuer à demeurer indépendante », dit-il.

Après avoir perdu 30 % de sa valeur en 2020, l’action de la Laurentienne a rebondi d’environ 30 % depuis le 1er janvier. L’essentiel du rebond est venu dans les dernières semaines, alors qu’aucun des 10 analystes qui suivent la Laurentienne ne recommande l’achat du titre. Trois raisons principales expliqueraient l’engouement.

D’abord, le secteur bancaire dans son ensemble a été tiré vers le haut en février avec la présentation de résultats trimestriels intéressants par les grandes banques canadiennes. Deuxièmement, sans être extraordinaires, les résultats présentés par la Laurentienne ont été plutôt bien accueillis par les analystes. Finalement, la couverture de positions à découvert par des spéculateurs a aussi pu contribuer à alimenter la hausse du titre.

La Laurentienne est dirigée depuis octobre par Rania Llewellyn, qui travaillait auparavant à la Scotia. Elle a pris la relève de François Desjardins qui est parti en milieu d’année l’an passé après avoir lancé un ambitieux plan de transformation il y a six ans. Ce plan oriente la Laurentienne vers le conseil financier et les services numériques. Le nombre de succursales est passé de 150 il y a six ans à une soixantaine aujourd’hui.

Rania Llewellyn a déjà annoncé plusieurs changements organisationnels, mais n’a toujours pas précisé quelle orientation stratégique elle souhaitait donner à l’institution financière.