Tandis que le nombre de commandes téléphoniques bondit dans les dépanneurs en raison de la pandémie, leurs propriétaires voudraient plus que jamais obtenir le droit de livrer des cigarettes.

Marie-Eve Fournier Marie-Eve Fournier
La Presse

« Ceux qui nous appellent veulent qu’on leur livre leurs cigarettes, mais on ne peut pas. C’est déplaisant pour le consommateur et pour le dépanneur », déplore le directeur général de l’Association des marchands dépanneurs et épiciers du Québec (AMDEQ), Yves Servais.

Les dépanneurs ont pourtant le droit de livrer de la bière et du vin. Ils sont donc habitués à vérifier l’âge des clients au moyen de leurs cartes d’identité, au même titre que la Société des alcools, soutient M. Servais, tout en se disant conscient des enjeux de santé publique.

« Je peux comprendre que c’est nocif, mais il y a près de 20 % des gens qui fument. Dans le but de bien servir les clients, on voudrait pouvoir livrer du tabac comme la SQDC livre du cannabis. »

Selon l’article 14.1 de la Loi concernant la lutte contre le tabagisme, la vente de tabac au détail doit s’effectuer « dans un point de vente ». Ainsi, un commerçant qui en ferait la livraison à domicile s’exposerait à des amendes allant de 2500 $ à 250 000 $.

Les dépanneurs se souviennent de la « loi St-Hubert » et aimeraient bénéficier d’un arrangement similaire. Au début des années 2000, les rôtisseries St-Hubert ont réclamé le droit de livrer de l’alcool aux clients qui achetaient des repas.

En mai 2002, un projet de loi a été déposé à l’Assemblée nationale afin d’assouplir la loi et de permettre la livraison de bière ou de vin par les restaurants.

Dans une lettre ouverte publiée dans La Presse, le président de St-Hubert à l’époque, Jean-Pierre Léger, avait alors écrit que la loi permettait « tout simplement d’emboîter le pas aux supermarchés et aux dépanneurs qui offrent ce service depuis plusieurs années ».

Aujourd’hui, ce sont les dépanneurs – qui avaient été agacés par la loi de 2002, doit-on rappeler – qui veulent bénéficier d’un accommodement similaire à celui qui avait été réclamé par St-Hubert.

Quand quelqu’un commande de la bière, pourquoi ne pas nous permettre de lui livrer ses cigarettes en même temps ?

Yves Servais

Depuis le début du confinement, en mars, « les boîtes à tabac dans les réserves » autochtones sont fermées, ce qui a fait bondir les ventes de cigarettes dans les dépanneurs. Ceux à qui nous avons parlé, à Montréal, en Mauricie et dans la région de Québec, font état d’une hausse des ventes d’environ 30 %.

Les coûts du crédit en pandémie

La pandémie fait aussi en sorte que les consommateurs sont bien plus nombreux à utiliser une carte pour payer leurs achats, préférant ne pas trop manipuler d’argent comptant. Même pour des transactions de quelques dollars dans un dépanneur.

Ce phénomène fait bondir leurs frais d’exploitation, souligne M. Servais, qui milite en faveur d’un plafonnement des taux imposés par les émetteurs de cartes de crédit (frais d’interchange) depuis une quinzaine d’années.

« Les coûts d’opération ont considérablement augmenté et ça va rester après la pandémie, d’après moi. Le gouvernement doit mettre son point sur la table et réglementer les frais à la baisse », plaide-t-il.

Au Canada, les frais d’interchange varient de 1 à 2 % en fonction des cartes de crédit (celles qui donnent des points et d’autres types d’avantages coûtent plus cher aux marchands). En Europe et en Australie, par exemple, on parle plutôt de taux moyens ou maximaux de 0,3 % et 0,5 % respectivement, selon un document rédigé à l’été 2019 par l’Union des consommateurs.