La femme d’affaires bien connue Danièle Henkel est aux Émirats arabes unis, où elle a été invitée à prendre la parole aux côtés d’Ivanka Trump et de l’ex-première ministre britannique Theresa May, dans le cadre du Global Women’s Forum Dubai 2020.

Isabelle Dubé Isabelle Dubé
La Presse

C’était la première fois que Danièle Henkel foulait le sol des Émirats arabes unis, pays régi par la charia. Dans un pays où l’adultère et l’homosexualité sont passibles de la peine de mort, et où la loi oblige les femmes à avoir l’autorisation du père ou d’un frère pour se marier, Mme Henkel prononçait une conférence sur l’indépendance financière des femmes.

Avant son départ, Danièle Henkel nous avait confié qu’elle ne savait pas à quoi s’attendre lors de cet événement réunissant des gens d’affaires et des politiciens, hommes et femmes, du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord. 

Originaire du Maroc, elle ne s’était jamais rendue dans ce coin du globe pour ne pas « encourager quoi que ce soit qui a à voir avec ce genre de comportement ».

« C’est quand même assez sécuritaire. Les seules inquiétudes, c’est qu’il faut que je performe », disait-elle en éclatant de rire lors d’un entretien avant de partir.

Seule représentante du Canada lors de l’événement qui visait, entre autres, à trouver des solutions au manque d’accès au financement pour les entrepreneures, Danièle Henkel voulait que son message trouve une résonance auprès de ces femmes. 

L’impossible peut devenir possible, même si tu vis dans une région éloignée, il faut juste que tu croies un peu plus en toi.

Danièle Henkel

Ivanka Trump

La Québécoise a pris la parole, tout juste après la fille du président des États-Unis, Ivanka Trump, au cours du Sommet régional MENA de la Women Entrepreneurs Finance Initiative (We-Fi), un événement en marge du forum. Fidèle à elle-même, elle a choisi de s’adresser au public réuni à Dubaï avec le même ton que devant un public québécois, celui « du cœur », dit-elle.

Déjà, en détaillant ses origines – de mère juive et de père allemand, catholique, mariée à un musulman –, puis en relatant son parcours d’immigrante et d’entrepreneure, elle croit bien avoir fait une forte impression dans l’assemblée. La fille du Souverain de Dubaï, son Altesse Manal MR Al Maktoum l’a félicitée.

« Oh, mon Dieu, je n’en revenais pas ! Je ne m’attendais à rien. J’ai fait ce que j’avais à faire. »

Durant son séjour, Danièle Henkel a aussi joué le rôle de modératrice au cours d’une table ronde de réseautage avec des femmes entrepreneures de la région du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord. Elle en a aussi profité pour parcourir un peu le pays et rencontrer des gens d’affaires.

« Ça a beaucoup changé par rapport à la perception qu’on a de ce pays, confie-t-elle à La Presse alors qu’elle vient de visiter Abou Dabi. Les femmes sont belles, habillées avec le manteau noir traditionnel, mais on voit leurs cheveux, elles portent des talons hauts, sont très bien maquillées et ont toujours le sourire. Elles sont partout. Dans les plus hautes sphères du gouvernement. Elles ont des postes exceptionnels. Je suis bouche bée. »

Grands progrès

Selon le rapport de la Banque mondiale, Les femmes et le droit 2020, les Émirats arabes unis ainsi que d’autres pays du Moyen-Orient ont fait de grands progrès au cours des dix dernières années. Le rapport note la législation contre le harcèlement sexuel au travail, l’interdiction de licencier des employées enceintes ainsi que la levée des restrictions sur le travail des femmes, qui leur permet de travailler le même nombre d’heures, aux mêmes postes et dans les mêmes industries que les hommes.

« Les femmes sont fières, poursuit-elle, elles se mettent de l’avant, elles étaient dans toutes les réunions. Quand je leur parlais, elles me disaient : “Ce n’est pas simple, mais on se bat tous les jours et on se tient les coudes.” »

Le spécialiste Wael Saleh, chercheur à l’Observatoire sur le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord de la Chaire Raoul-Dandurand, relève des exemples de femmes qui témoignent effectivement d’une avancée, comme la pilote d’avion de combat Mariam al-Mansouri, la ministre Noura Al Kaabi et la jeune pilote d’Emirates Airlines Alia Al Muhairi.

« Il y a des points positifs et négatifs, mais il reste que les Émirats arabes unis, c’est un modèle parmi les pays du Golfe, mais ce n’est pas un modèle pour les pays arabes, par rapport à l’Égypte et au Maroc, par exemple. Il reste un parcours à faire. »

La femme d’affaires sera de retour au pays sous peu.