Il reste 80 ans avant 2100. Pendant cette période de temps qui correspond à la durée moyenne de vie d’un Québécois, un grand changement pourrait se produire à l’échelle de la planète : la population mondiale totale se mettra à diminuer.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

Les plus récentes projections sur l’évolution de la population mondiale, réalisées par l’Institute of Health Metrics and Evaluation (IHME) de l’Université de Washington et publiées dans The Lancet, indiquent que le nombre d’humains sur terre plafonnera dans 44 ans, en 2064, pour entamer ensuite un lent déclin.

En 2100, la population mondiale devrait être de 8,79 milliards. C’est 2 milliards de moins que ce que prévoyait jusqu’à maintenant l’Organisation des Nations unies, qui fait ce genre de projections depuis 1950. Selon l’ONU, la population mondiale devait continuer d’augmenter pendant les 80 prochaines années et atteindre 10,9 milliards d’individus en 2100.

Les chercheurs de l’IHME basent leurs projections sur deux principaux facteurs : un accès plus grand à l’éducation et aux moyens de contraception, qui feront baisser les taux de natalité dans les pays les plus populeux et chez les moins nantis.

Les projections présument aussi que les taux de natalité très bas observés dans la plupart des pays industrialisés, comme c’est le cas au Québec, ne remonteront pas de façon significative.

Plusieurs pays expérimenteront des changements importants, si ces hypothèses s’avèrent. La Corée du Sud et l’Espagne, par exemple, pourraient voir diminuer leur population de plus de 50 % d’ici 2100.

L’Inde et la Chine, qui sont actuellement les pays les plus peuplés du monde, verraient leur population diminuer, mais resteraient en tête de la liste, en compagnie de nouveaux venus, dont le Nigeria et le Pakistan.

Parmi les pays dont le taux de natalité est trop bas pour permettre le renouvellement naturel de la population, ceux qui misent sur l’immigration pourront maintenir et même accroître leur population d’ici la fin du siècle. C’est le cas du Canada, de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande et probablement des États-Unis.

Le cas des États-Unis mérite un bémol, selon les chercheurs, parce que les politiques d’immigration en vigueur depuis des décennies sont maintenant remises en question par l’administration américaine. Il faudra voir si ce changement de cap vis-à-vis de l’immigration survivra à l’actuel président.

Les pays qui resteront fermés à l’immigration feront face à un déclin rapide de leur population. C’est le cas du Japon, notamment, où ce déclin est déjà commencé, mais aussi de pays européens comme la Hongrie.

Une bonne nouvelle ?

L’évolution de la population mondiale a des implications importantes. Ça peut être une bonne nouvelle pour l’environnement, relèvent d’abord les chercheurs de l’IHME. Moins d’habitants sur la terre signifie moins de bouches à nourrir et moins d’émissions polluantes, et donc une réduction de la pression sur les réserves limitées de notre planète.

Mais ce changement démographique annonce aussi des défis de taille sur le plan économique. La diminution de la population mondiale étant due principalement à la baisse du taux de natalité, elle s’accompagnera inévitablement d’une réduction de la population en âge de travailler.

Parallèlement à la baisse des taux de natalité, la longévité s’accroît à l’échelle de la planète. L’espérance de vie moyenne, à 72,6 ans, a augmenté de huit ans depuis les années 90.

Dans beaucoup de pays, le bassin de main-d’œuvre sera insuffisant pour supporter les besoins d’une population vieillissante. Augmenter les impôts aura des limites. Il faudra trouver des solutions pour alimenter la croissance économique afin de continuer d’améliorer les conditions de vie ou pour seulement maintenir les acquis sociaux. Le Québec, où la population vieillit rapidement, a toutes les raisons de commencer à y réfléchir maintenant.

> Consulter l’étude (en anglais)