Chaque dimanche, nous braquons les projecteurs sur des éléments de l’actualité financière et boursière qui peuvent être utiles à l’investisseur, mais qui pourraient être passés sous le radar

Richard Dufour Richard Dufour
La Presse

La COVID-19 ne durera pas éternellement, pas plus que la surperformance des titres technologiques.

C’est ce que souligne le gestionnaire montréalais Philippe Hynes, de Tonus Capital, dans sa lettre trimestrielle publiée cette semaine.

« La reprise, alimentée par des achats reportés et les mesures de relance du gouvernement, sera mise à l’épreuve dans les prochaines semaines. Des doutes émergent en raison, notamment, de l’augmentation des cas positifs [de COVID-19] et de la volatilité de la confiance des consommateurs. Et l’envoi hebdomadaire de généreux chèques par les gouvernements devrait se terminer ce mois-ci aux États-Unis et le mois prochain au Canada », écrit-il.

« Le retour au plein emploi prendra probablement plusieurs années, car plusieurs mesures de gestion des coûts, initialement jugées temporaires, deviendront permanentes. » Il cite l’exemple de La-Z-Boy. « Ce fabricant de meubles a licencié 70 % de ses 10 000 employés en mars. Même si la production a redémarré, l’entreprise a annoncé que seulement 6000 des 7000 employés mis à pied seraient rappelés. Diverses entreprises nous ont confié des stratégies similaires. »

Le taux de chômage élevé, le renouvellement incertain des mesures gouvernementales et les restrictions sanitaires toujours en vigueur lui font croire que les prévisions du marché sont irréalistes : « la majorité des entreprises ne seront pas plus rentables en 2021 qu’en 2019 ».

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Tonus Capital vient d’acheter un bloc d’actions de Recipe. « Près de la moitié des bénéfices proviennent de redevances de franchisés opérant sous les enseignes St-Hubert, Swiss Chalet et Harvey’s. Offrant le service au volant et la livraison à domicile, ces restaurants sont bien positionnés pour s’adapter aux restrictions qui découlent du confinement et de la distanciation sociale », est-il expliqué pour justifier l’investissement.

De plus, précise-t-on, 20 % des bénéfices proviennent de la vente au détail, principalement de produits dérivés des marques St-Hubert et Swiss Chalet offerts en épicerie. « Ces ventes sont en forte croissance. Ces deux divisions ont une valeur par action supérieure au prix auquel nous avons acheté nos titres. »

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Cascades s’est fait bousculer en milieu de semaine. Mardi, Paul Quinn, de RBC, a recommandé de dorénavant vendre l’action de la papetière de Kingsey Falls. Cet analyste croit que les attentes sont trop élevées. Il affiche un pessimisme grandissant envers l’industrie nord-américaine du carton-caisse et s’attend à une décélération des ventes de papier tissu.

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Les investisseurs doivent accepter la volatilité comme étant une caractéristique déterminante dans le marché actuel, soutient le gestionnaire d’actifs montréalais Claret dans sa lettre trimestrielle de juillet.

« Ils doivent donc résister à cette forte envie d’entrer et sortir systématiquement des marchés. Ils ne doivent pas laisser les fréquentes et fortes fluctuations – à la hausse ou à la baisse – les faire dévier de leurs objectifs stratégiques à long terme », peut-on y lire.

« Ils doivent rester diversifiés et éviter la tentation de se joindre à la fête créée par l’effet de concentration sur les FANMAG (Facebook, Amazon, Netflix, Microsoft, Apple, Google) et autres titres de croissance connexes. N’enviez pas vos amis qui détiennent des titres de Tesla, Zoom et les autres titres qui défient les lois de la gravité (ah oui, c’est vrai, nous avons failli oublier de mentionner les titres de cannabis… vous vous rappelez ce récent désastre ?) »

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« Je n’achète pas de titres technologiques massivement surévalués qui performent exceptionnellement bien, mais plutôt des titres survendus dans la foulée de la COVID-19 qui récupèrent comme il se doit étant donné que la pandémie n’a pas affecté les activités autant qu’initialement prévu », indique le gestionnaire montréalais Paul Beattie, de BT Global, dans sa lettre financière de juillet.

Le parfait exemple est le producteur de bois d’œuvre Interfor, mentionne-t-il. « Les investisseurs ont deux choix. Acheter l’action de Tesla, par exemple, et espérer que l’évaluation passe de folle à insensée. Ou ils peuvent acheter un titre comme Interfor. »

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Pour concilier la Bourse avec la réalité des profits, nous pouvons penser que les marchés ont décidé de regarder beaucoup plus loin qu’à l’habitude (probablement 2 à 3 ans au lieu de 9 à 12 mois) et d’espérer que 2021 et 2022 verront une forte reprise des profits, soutient le gestionnaire Stéphane Préfontaine, de la firme Préfontaine Capital.

« Aux États-Unis, le multiple cours-bénéfice du S&P 500 est fortement distortionné par les grandes multinationales de technologie. Finalement, les marchés escomptent sûrement encore plus de stimuli monétaires et fiscaux si la pandémie perdure », ajoute-t-il dans sa lettre financière de juillet.

Un autre élément, note-t-il, est que les taux d’intérêt à pratiquement 0 % poussent les gens à prendre plus de risques pour atteindre leurs objectifs financiers en achetant des actions, ce qui propulse les évaluations.

Il croit que le risque à la baisse est maintenant plus grand à court terme. « Nous avons vendu en juin l’équivalent de 49 % en dollars de ce que nous avions investi en mars pendant la correction. »

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Les titres québécois d’Alimentation Couche-Tard, Marché Goodfood et Quincaillerie Richelieu ont touché cette semaine un autre sommet de la dernière année en Bourse.