En période de forte volatilité, les titres de dividendes ont la cote. Ceux-ci livrent un minimum de rendement à l’investisseur patient dans l’attente de jours meilleurs. Cette semaine, La Presse présente trois titres qui livrent l’équivalent d’un rendement avant impôt de revenus d’intérêt de 10 % (1) et plus. Aujourd’hui : CIBC.

André Dubuc André Dubuc
La Presse

J’avais un vieil oncle riche, qui habitait dans les Cantons-de-l’Est. Mon frère aîné l’a côtoyé au crépuscule de sa vie. « Achète des banques, achète des banques », n’arrêtait-il pas de conseiller au frangin. Nul doute qu’il répéterait son mantra ces jours-ci s’il était encore parmi nous.

Depuis l’éclosion de la maladie sur nos terres, les banques canadiennes ont vu le prix de leurs actions glisser de plus de 25 % depuis le 20 février dernier. Le marché appréhende non sans raison les provisions sur prêts vertigineuses et s’inquiète des répercussions de la crise pétrolière sur l’économie domestique.

Ce recul significatif a fait bondir le rendement courant du dividende des six grandes banques canadiennes. Celui-ci va de 5,3 % pour la Banque Royale à 7,5 % pour la CIBC.

Un rendement de dividende de 7,5 % équivaut à un rendement avant impôt d’un revenu d’intérêt de près de 10 % en arrondissant.

Au premier trimestre 2020, la CIBC a rapporté un profit de 1,2 milliard, en hausse de 3 %. À la même occasion, la banque a annoncé une restructuration qui va toucher 2200 personnes et entraîner des charges spéciales de 339 millions. L’institution bancaire en a profité pour augmenter le dividende trimestriel de 2 cents, à 1,46 $.

Les banques canadiennes sont des machines à distribuer des dividendes depuis des lustres. La CIBC distribue des dividendes sans interruption depuis 1868. La Confédération canadienne avait un an.

Les banques canadiennes ont continué de verser leurs dividendes même pendant la Grande Récession de 2007 à 2009.

Le risque que la CIBC ou une autre des cinq grandes banques (Royale, TD, BMO, Scotia et Nationale) réduisent leur dividende paraît faible. Toutefois, le prix des actions des banques pourrait bien reculer davantage si la récession s’avère plus sévère qu’appréhendé.

Avis de l’expert : L’analyste financier Gabriel Dechaine de la Financière Banque Nationale a réduit ses prévisions de bénéfices pour chacune des six grandes banques de 18 % à 26 % au cours de l’exercice 2020 et 2021, rapportait BNN Bloomberg le 25 mars

« Pour que les ratios de distribution atteignent la “zone de danger” de 90 % ou plus, nous devrions voir les bénéfices baisser de près de 40 % par rapport à nos prévisions révisées », a-t-il déclaré Gabriel Dechaine, un scénario qu’il croit peu probable. Habituellement, les banques distribuent de 40 à 50 % de leurs bénéfices.

1. Ce scénario de rêve vaut dans la mesure où le versement du généreux dividende se poursuit dans la tempête. À ce propos, l’historique de paiement de dividendes par la société, de même que la hauteur du ratio de distribution sont des outils précieux pour jauger de la pérennité du dividende malgré la récession. N’oublions pas qu’un dividende dans les mains d’un investisseur profite d’un traitement fiscal plus avantageux que celui qui s’applique sur un revenu d’intérêt. Pour simplifier la comparaison, il faut multiplier le rendement courant du dividende par un coefficient de 1,2844 pour obtenir l’équivalent d’un rendement avant impôt sur un revenu d’intérêt, tiré par exemple d’un certificat de placement garanti.