La chaîne de quincailleries Canac a cessé de produire sa circulaire afin de « réduire l’achalandage dans ses magasins », a-t-elle annoncé sur la plateforme Reebee, notamment. Un message qu’on n’aurait pas cru vrai il y a quelques semaines à peine.

Marie-Eve Fournier Marie-Eve Fournier
La Presse

« Il faut que nos employés se sentent en sécurité. Si on fait des spéciaux, ça augmente l’achalandage et le risque augmente. Toutes nos décisions sont alignées autour de ça [la sécurité des employés] », a raconté à La Presse le président et propriétaire de Canac, Jean Laberge.

Encore très consulté, le papier a une incidence majeure sur les ventes de ses 30 magasins, rappelle-t-il. « Dès qu’on met de quoi dans la circulaire, c’est l’enfer ! Ça crée un achalandage monstre ! » Difficile, dans de telles circonstances, de faire respecter les règles de distanciation sociale.

La stratégie en vigueur depuis la mi-mars, jumelée aux consignes de confinement du gouvernement Legault, fonctionne. Le nombre de clients a fondu de moitié ces dernières semaines.

Canac a tout de même été en mesure jusqu’ici de conserver près de 100 % de ses employés, au nombre de 3500.

Rouvrir la machine ?

Mais Jean Laberge se casse la tête pour trouver le bon équilibre entre la sécurité de ses troupes et la pérennité de son entreprise.

Il ne pourra pas composer avec une telle baisse de ses affaires éternellement, sans qu’il y ait de conséquences. Les ventes en ligne ont doublé, mais ce n’est pas suffisant pour compenser, tant s’en faut : elles représentent désormais 2 % du chiffre d’affaires plutôt que 1 %. « Il faut que je limite mes pertes », fait valoir le dirigeant.

Le détaillant de Québec envisage donc de refaire une circulaire « pour rouvrir un peu la machine dans deux ou trois semaines ». La décision n’est pas encore prise.

Ses concurrents Home Depot et Home Hardware ont aussi décidé d’arrêter d’annoncer des rabais. Tous deux préfèrent s’efforcer de fournir aux clients les produits dont ils ont vraiment besoin, justifient-ils.

Les pharmacies Familiprix ont également cessé d’annoncer des produits en solde.

Circulaire numérique uniquement

L’épicier Maxi a pour sa part décidé de produire uniquement une version numérique de sa circulaire (offerte sur son site web, notamment). Cette décision permet de « réduire la manipulation et les risques de contamination », et de répondre à la pression des environnementalistes, explique la porte-parole Johanne Héroux.

Maxi soutient que le coût que représente le fait de produire une circulaire n’est « aucunement » en cause en cette période où les supermarchés voient leurs dépenses en main-d’œuvre augmenter (nettoyage des chariots, accueil des clients, assemblage des commandes en ligne, etc.)

Chose certaine, une circulaire en ligne « donne plus de souplesse » en cette ère marquée par des pénuries ponctuelles. « En ligne, c’est plus facile de faire des substitutions, note Mme Héroux. Le processus d’élaboration d’une circulaire, ça s’étend sur des semaines. »

L’autre enseigne de Loblaw au Québec, Provigo, a plutôt choisi de « réduire le nombre de pages à partir de la mi-avril ». Mais la situation est actuellement évaluée, précise Mme Héroux, et « ça se pourrait que ça change rapidement ».

Uniprix a aussi annoncé que depuis le 2 avril, sa circulaire serait uniquement en ligne afin de « réduire la circulation du papier dans la communauté », et ce, « pour une durée indéterminée ».

Impacts pour Transcontinental et Reebee

TC Transcontinental, qui imprime et distribue les circulaires dans son Publisac, n’a pas souhaité fournir de chiffres en ce qui concerne la baisse de volume subie. « L’offre est vraiment concentrée sur les services essentiels qui ont le droit d’ouvrir », résume la porte-parole Patricia Lemoine, sans nier l’évidence, c’est-à-dire que le sac est moins lourd qu’avant. Elle ajoute que bon nombre de détaillants ont « réduit le nombre de pages et utilisent un format différent, car ils mettent l’accent sur les consignes [sanitaires] et se concentrent sur les produits essentiels que tout le monde cherche ». Du côté de la plateforme Reebee, qui permet de consulter toutes les circulaires de façon numérique, le coronavirus a plutôt des effets positifs. « Au cours de la dernière semaine, nous avons constaté une augmentation de 13,6 % du nombre d’utilisateurs actifs quotidiennement », dévoile Éloïse Racine, conseillère pour les partenariats commerciaux. « Nous savons que les consommateurs veulent et ont besoin d’avoir accès aux offres en épiceries et autres produits essentiels, ajoute-t-elle. [Plusieurs] font présentement face à une incertitude financière et la mission de Reebee est d’offrir les promotions. »