Quand un Canadien fait une recherche sur Google ou témoigne de sa vie sur Facebook, il ne dépense rien et ne reçoit aucun service ayant une valeur monétaire. Du moins, selon les statistiques officielles du gouvernement. Plusieurs économistes s’attaquent à cette aberration.

MATHIEU PERREAULT MATHIEU PERREAULT
La Presse

Des milliers de dollars par année

Depuis 40 ans, la valeur du secteur de l’information dans le calcul du PIB n’a pas bougé, tournant autour de 4 % ou 5 % du total. « Et pourtant, les consommateurs gobent de l’information comme jamais auparavant », explique Avinash Collis, économiste au prestigieux Massachusetts Institute of Technology (MIT), qui est l’auteur principal de l’étude publiée cet hiver dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS). 

« Il y a donc certainement une sous-estimation de la valeur de la consommation de ces services. Les gens auparavant achetaient des journaux, de la télévision par câble ; aujourd’hui, ils ont accès à YouTube et à toutes les nouvelles qu’ils veulent gratuitement. Certes, il y a des abonnements, mais notre analyse montre que leur prix n’équivaut qu’à moins de 10 % du montant que les gens voudraient recevoir pour s’abstenir de faire appel à YouTube, à Facebook. » 

Les résultats de M. Collis, qui a travaillé avec un célèbre économiste de l’économie de l’internet et de la robotisation, Erik Brynjolfsson aussi du MIT, proviennent de sondages auprès de 65 000 consommateurs aux quatre coins du monde.

Pouvoir d’achat

Ces résultats amènent de l’eau au moulin des économistes qui soutiennent que la stagnation du pouvoir d’achat en Amérique du Nord depuis 40 ans ne tient pas compte des avancées technologiques. 

« Il est vrai qu’avant, on achetait un appareil photo et on payait pour faire développer des films, alors que maintenant, on a des photos numériques avec son téléphone, dit M. Collis. Et pour le même prix mensuel qu’il y a 30 ans, on a un téléphone intelligent plutôt qu’une ligne fixe. Mais nous nous intéressons surtout à une nouvelle version du PIB, pour refléter ces services gratuits et les informations dont disposent maintenant les consommateurs pour faire les meilleurs choix, que ce soit au niveau des traitements médicaux, des électroménagers ou des voyages. »

Hommes et femmes

L’étude n’a pas montré beaucoup de variations entre les sexes ni selon le niveau de revenus. « On a pu voir que les femmes donnent une valeur légèrement plus grande que les hommes à Facebook, peut-être parce qu’il s’agit de la plateforme de communication sociale par excellence, dit M. Collis. Les gens qui gagnent plus accordent une importance légèrement plus grande aux recherches sur internet et aux courriels, et à certains sites plus spécialisés comme LinkedIn. »

Bonheur et envie

L’internet a amené à la porte des consommateurs des pays pauvres les modes de vie occidentaux d’une manière beaucoup plus vive que la télévision ou le cinéma ne pouvaient le faire auparavant. Certains sociologues avancent que cela crée une envie et une insatisfaction qui exacerbent l’impact négatif des inégalités sociales. 

« Il est vrai qu’il faut d’autres manières de calculer le bonheur que le revenu, dit M. Collis. Mais de ma propre expérience de jeune adulte qui a grandi en Inde, aspirer à une vie meilleure ne rend pas malheureux. Ça donne des choix qui seraient impensables sans les connaissances et les moyens de communication qu’apporte l’internet. »

EN CHIFFRES 15 000 $US  Somme qu’il faudrait verser à un consommateur pour qu’il s’abstienne de se servir de moteurs de recherche internet pendant un an

6000 $US  Somme qu’il faudrait verser à un consommateur pour qu’il s’abstienne de se servir du courriel pendant un an

2700 $US  Somme qu’il faudrait verser à un consommateur pour qu’il s’abstienne de se servir de cartes sur internet (comme Google Maps) pendant un an

990 $US  Somme qu’il faudrait verser à un consommateur pour qu’il s’abstienne de regarder des vidéos gratuitement sur internet pendant un an

205 $US  Somme qu’il faudrait verser à un consommateur pour qu’il s’abstienne de se servir des réseaux sociaux pendant un an

135 $US  Somme qu’il faudrait verser à un consommateur pour qu’il s’abstienne d’utiliser les services de messagerie internet (comme WhatsApp) pendant un an

Source : PNAS