Ce n’est pas parce que vous faites partie des chanceux qui bénéficient d’un régime de retraite que vous êtes en voiture pour autant. Si vous pensez rouler sur le pilote automatique, comme dans une Tesla, mais que le régime de votre employeur ressemble plutôt à une Toyota, ou même une Lada, vous risquez d’aboutir dans le champ.

Stéphanie Grammond Stéphanie Grammond
La Presse

Malheureusement, les Canadiens ne comprennent pas grand-chose au système de retraite en général et au régime de leur employeur en particulier, comme le démontre le nouvel Indice IRE concocté par l’Institut sur la retraite et l’épargne de HEC Montréal.

Les chercheurs ont fait passer un test de 29 questions financières à 3000 Canadiens. Ils arrivent à un résultat déprimant : le score n’est que de 36 %. On est loin de la note de passage !

« C’est très difficile d’intéresser les gens quand on touche à un sujet qui est loin dans le futur et qui a l’air compliqué », explique le directeur exécutif de l’IRE, David Boisclair.

La retraite ? Ah oui, j’y verrai plus tard, répondent les jeunes qui ont bien d’autres chats à fouetter, comme rembourser leurs dettes étudiantes ou leur hypothèque.

Mais le manque de connaissances peut être lourd de conséquences. Par exemple, la moitié des répondants ne comprennent pas la différence entre le régime enregistré d’épargne-retraite (REER) et le compte d’épargne libre d’impôt (CELI).

Comment voulez-vous qu’ils fassent le meilleur choix ? On sait que pour les personnes à faibles revenus, il est généralement plus avantageux d’opter pour le CELI, car les retraits à la retraite ne feront pas fondre leur supplément de revenu garanti (SRG).

Mais les trois quarts des Canadiens ne savent pas comment est calculé le SRG. Ils ne savent même pas à quel âge il faut demander cette prestation. « Cela peut avoir des conséquences importantes sur le bien-être de gens qui en ont vraiment besoin », déplore M. Boisclair.

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Mais revenons aux régimes de retraite offerts par les employeurs, qui sont les plus grands incompris de tout le système de retraite. Ici, les Canadiens obtiennent un score de 24 %. Misère !

Pourtant, les travailleurs doivent absolument s’y intéresser. Les bons vieux régimes de retraite à prestations déterminées, où l’employé se met sur le pilote automatique et touche une rente garantie jusqu’à la fin de ses jours, sont de plus en plus rares à l’extérieur du secteur public.

Désormais, les employés du secteur privé ont plutôt accès à un régime d’accumulation : cotisations déterminées, REER collectif, régime volontaire d’épargne-retraite (RVER), etc.

Dans ces régimes, c’est l’employé qui pilote. Il détermine son niveau de cotisation, auquel l’employeur ajoute parfois sa contribution. À la retraite, il part avec son petit magot. Comme il n’a pas de rente garantie, il doit gérer cet argent lui-même, ce qui pose des risques majeurs pour quelqu’un qui n’a jamais eu des centaines de milliers de dollars sous la main.

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Beaucoup d’employés sont inquiets.

En fait, la moitié des travailleurs qui disposent d’un régime d’accumulation craignent de ne pas avoir suffisamment d’argent pour la retraite (54 %) et ils ont peur de survivre à leurs épargnes (51 %), révèle une autre étude, diffusée hier par Aon.

« Les gens amassent de l’argent. Mais ils ne savent pas combien de revenus cela va représenter à la retraite », explique Éric Tardif, conseiller principal chez Aon.

Ils sont dans le brouillard. Ils ont du mal à déterminer combien ils doivent mettre de côté. En fait, un employé sur cinq ne sait même pas combien il cotise ni ce que son employeur verse en son nom.

Pire : deux employés sur cinq laissent carrément de l’argent sur la table, car ils ne font pas la cotisation suffisante pour leur permettre d’obtenir le maximum de leur patron. Vraiment dommage.

En moyenne, les employés épargnent 4,6 % de leur paie, ce à quoi s’ajoutent 5,4 % du patron, pour un total de 10 % par année, selon le Conference Board du Canada. Mais cela risque de ne pas être suffisant pour les plus hauts salariés.

Certains sont éblouis par les grosses sommes. Ils pensent qu’ils auront beaucoup d’argent s’ils ont accumulé 300 000 $ à 65 ans, par exemple. Mais ils ne réalisent pas que cela ne leur procurera qu’environ 20 000 $ de revenus annuels. Pour plusieurs, ce sera un choc.

Mais le fait de cotiser au régime de retraite de leur employeur leur donne un faux sentiment de confort, une fausse impression qu’ils n’ont pas à se soucier de quoi que ce soit.

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Bien sûr, les employeurs mettent à la disposition de leur effectif des outils en ligne pour faire des simulations de retraite. Mais moins du tiers des employés les utilisent.

Il faut aller plus loin pour s’assurer que les travailleurs ne fonceront pas dans le mur à la retraite.

Pour s’assurer que les employés obtiennent leur dû, les patrons devraient les faire cotiser le maximum par défaut, tout en leur permettant de réduire ce montant à leur guise, alors que c’est exactement l’inverse en ce moment. Mais peut-être que les patrons craignent que cela ne leur coûte trop cher…

Aussi, l’industrie financière doit mettre rapidement en place des solutions de décaissement permettant aux retraités de gérer leur magot aisément et à frais modiques, des solutions leur permettant de manger graduellement leurs épargnes sans crainte de crever de faim avant leur mort.