Nos entreprises manufacturières doivent investir massivement et de façon urgente pour combler le retard qu’elles ont accumulé au fil des ans par rapport à leurs concurrentes étrangères. Tout le monde le dit, l’automatisation, la numérisation et la hausse de productivité constituent des priorités absolues. Il reste maintenant à s’entendre rapidement sur les moyens qui vont permettre de réaliser cette transformation essentielle.

Jean-Philippe Décarie Jean-Philippe Décarie
La Presse

C’est notamment la raison qui a amené le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, à réformer la structure d’Investissement Québec (IQ) pour arrimer davantage cette société d’État aux besoins des entreprises.

Il y a deux semaines, le ministre Fitzgibbon m’expliquait qu’il avait développé l’obsession de vouloir réduire rapidement les écarts de productivité que les entreprises québécoises affichent par rapport à leurs concurrentes étrangères, notamment américaines.

La semaine dernière, plusieurs intervenants économiques ont pu s’exprimer en commission parlementaire à Québec sur le projet de réforme d’Investissement Québec.

Véronique Proulx, PDG de Manufacturiers et Exportateurs du Québec (MEQ), a été l’une de ces voix qui ont accueilli favorablement le repositionnement d’IQ qui va rapatrier dans son giron les Centres de recherche industrielle du Québec, Export Québec et les bureaux régionaux du ministère de l’Économie et de l’Innovation.

On est d’accord avec le changement de structure d’Investissement Québec, mais on a beaucoup insisté sur l’importance que l’institution développe surtout une bien plus grande agilité lorsqu’elle est sollicitée par les PME.

Véronique Proulx

Mme Proulx partage le constat du ministre Fitzgibbon quant à l’urgence de hausser la productivité des entreprises et elle cite à cet égard trois données clés qui démontrent le retard que nos entreprises ont accumulé.

« De 2012 à 2017, les entreprises canadiennes ont enregistré une croissance de seulement 8 % de leurs investissements en équipements et machines comparativement à 30 % au Royaume-Uni et 24 % aux États-Unis.

« En 2009, les entreprises canadiennes ont investi 20 milliards aux États-Unis et les entreprises américaines, 20 milliards au Canada. En 2017, les entreprises canadiennes ont investi 80 milliards aux États-Unis, alors que les investissements des sociétés américaines au Canada sont toujours de 20 milliards », souligne Véronique Proulx.

Enfin, autre statistique éloquente, en 2009, les exportations représentaient 50 % du produit intérieur brut (PIB) québécois. L’an dernier, cette proportion n’était plus que de 45 %. Rappelons que le secteur manufacturier compte pour près de 90 % des exportations québécoises.

De l’air, et ça presse !

Dans sa réforme d’IQ et sa volonté d’optimiser la productivité des entreprises manufacturières, le ministre Fitzgibbon a accordé 1 milliard de fonds propres à l’institution pour qu’elle appuie financièrement les projets d’investissements technologiques des entreprises.

« On veut être plus agressif, m’avait expliqué le ministre, plus créatif en offrant des prêts sur redevances où on pourra partager le risque en cas d’échec. »

Manufacturiers et Exportateurs du Québec aurait plutôt souhaité que le gouvernement québécois assouplisse sa structure et ses programmes d’aide mur à mur, tels les crédits d’impôt à la recherche et développement qui profitent presque exclusivement aux grandes entreprises.

« Oui, ces programmes sont utiles et utilisés par les grandes sociétés, mais il faut rappeler que le secteur manufacturier québécois regroupe 23 000 entreprises. Et sur ce lot, seulement 1000 entreprises comptent plus de 1000 employés.

« Les 22 000 autres n’ont pas la structure, les ressources ou la patience de participer à ces programmes. Il faut qu’IQ soit plus agile et plus proche des besoins des entreprises », insiste Véronique Proulx.

En fait, on souhaiterait chez Manufacturiers et Exportateurs du Québec que Québec offre des prêts sans intérêt ni garanties aux entreprises qui veulent implanter de nouvelles technologies ou de nouveaux procédés de fabrication.

« Pour les PME, il faut dé-risquer la notion d’investir dans le 4.0. Le gouvernement fédéral offre déjà des programmes de prêts sans intérêt qui n’entachent pas les capacités d’emprunter des entreprises », observe Mme Proulx.

Si l’économie québécoise veut retrouver le plein apport que lui assuraient ses ventes à l’exportation, les PME québécoises doivent aussi intensifier leurs efforts de développement de nouveaux marchés.

« Les exportations doivent revenir à leur niveau de 2009 et représenter 50 % de notre PIB. Pour y arriver, il faut développer de nouveaux marchés. Les États-Unis absorbent toujours 73 % de nos exportations, et il faudrait que ce pourcentage tombe à 60 % », estime la PDG de MEQ.

À cet égard, l’organisme vient de s’associer à la Ville de Montréal pour lancer le programme Aplomb qui permettra à 20 PME de bénéficier de services-conseils pour développer une stratégie d’exportation.

« Le programme est ouvert aux PME qui ont un chiffre d’affaires d’au moins 5 millions et qui ont déjà commencé à avoir des activités à l’exportation. On va leur offrir des services-conseils et des ressources qui vont leur permettre de développer une véritable stratégie pour développer de nouveaux marchés », explique Véronique Proulx.

Encore là, on a du retard à combler, et ça urge.