Répondant en partie à une demande de l'opposition, le gouvernement fédéral a finalement décidé de reconduire, pour une année seulement, un des programmes écoÉNERGIE destinés à encourager les rénovations domiciliaires qui améliorent l'efficacité énergétique.

Mis à jour le 23 mars 2011
Malorie Beauchemin
Malorie Beauchemin LA PRESSE

Dans une de ses rares mesures financières contribuant à la lutte contre les changements climatiques, Ottawa injectera 400 millions de dollars cette année dans le programme écoÉNERBIE Rénovation-Maisons.

Cette enveloppe permettra à des propriétaires de résidence unifamiliale d'obtenir jusqu'à 5000$ pour des rénovations dites éco-énergétiques, avec une évaluation environnementale comme preuve à l'appui.

écoÉNERGIE Rénovation-Maisons faisait partie d'un ensemble de programmes de subventions pour améliorer l'efficacité énergétique dans plusieurs domaines, du résidentiel aux petites et moyennes entreprises, en passant par les véhicules et la promotion des énergies renouvelables (éolien et solaire).

Victime de son succès, le programme pour la rénovation domiciliaire a manqué d'argent, et plus aucune demande n'est acceptée depuis mars 2010. C'est aussi le seul de ces programmes qui reçoit une nouvelle enveloppe dans l'exercice financier 2011-2012.

«Cette mesure permettra aux familles de réduire leur facture d'énergie et contribuera à l'emploi dans le secteur des rénovations domiciliaires», a dit le ministre des Finances, Jim Flaherty, dans son discours du budget.

Mais pour Steven Guilbeault, d'Équiterre, le gouvernement conservateur ne cesse de jouer aux montagnes russes avec ce programme.

«Ils ont aboli en 2006 le programme qui existait sous les libéraux, pour le réintroduire sous un nouveau nom en 2007. Et ils ont arrêté de recevoir des demandes en 2010, a souligné M. Guilbeault. Ça rend impossible le développement d'une industrie.»

L'organisme Équiterre, par exemple, qui offrait ce service, a été contraint de mettre à pied l'ensemble de ses techniciens en évaluation environnementale depuis l'arrivée au pouvoir des conservateurs.

«C'est clairement une mesure électoraliste pour essayer d'acheter le NPD», a estimé M. Guilbeault, critiquant le manque de vision à long terme.

Au total, le budget 2011 prévoit 870 millions de dollars sur deux ans pour «faire face aux enjeux liés aux changements climatiques et à la qualité de l'air».

Ainsi, 252 millions de dollars sur deux ans iront dans le développement et la mise en oeuvre des mesures réglementaires pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et améliorer la qualité de l'air, notamment dans les secteurs du charbon et des véhicules légers.

Le développement de réglementations en efficacité énergétique obtiendra 86 millions de dollars, le secteur des transports, 48 millions, et l'adaptation aux changements climatiques, 58 millions.

Sables bitumineux et nucléaire

Par ailleurs, dans le cadre de l'engagement des pays du G20 d'éliminer à moyen terme les «subventions inefficaces aux combustibles fossiles», le gouvernement réduit son aide fiscale à l'industrie des sables bitumineux. En abaissant les taux de déduction pour les dépenses en actifs incorporels, Ottawa pense économiser 15 millions de dollars cette année, et 30 millions l'an prochain.

Ottawa se voit par contre contraint d'éponger de nouveau le déficit d'Énergie atomique du Canada limitée (EACL), en versant 405 millions «pour couvrir les pertes commerciales prévues».

Le gouvernement fédéral a annoncé l'année dernière son intention de privatiser EACL, fleuron de l'industrie nucléaire canadienne. «On donne encore 400 millions à EACL, en plus des 300 millions qu'on leur a donnés en 2010 et 650 millions les années précédentes. Et ça ne crée aucun emploi», a déploré Steven Guilbeault.