Jérôme Kerviel a été qualifié lundi, à la reprise de son procès à Paris, de trader «criminel, malhonnête, déloyal et tricheur» par un ancien responsable de la Société générale et d'«ami tout à fait normal, pas flambeur» par une ancienne collègue.

Mis à jour le 14 juin 2010
Annie Thomas AGENCE FRANCE-PRESSE

Le tribunal de Paris entamait la deuxième semaine du procès de l'ancien trader de la banque française, à l'origine d'une perte de 4,9 milliards d'euros début 2008, emblématique de certaines dérives des marchés financiers.

«Je suis extrêmement choqué d'entendre M. Kerviel dire qu'on l'a laissé faire», a déclaré devant le tribunal correctionnel Christophe Mianné, chef de la division actions et dérivés de la Société Générale.

L'ancien trader affirme que sa hiérarchie était au courant de ses prises de positions énormes sur les marchés financiers, ce qu'elle conteste.

Quand on devient trader, a déclaré M. Mianné, on s'engage à être «loyal, transparent, et à respecter les limites».

«On n'écrit pas à l'entrée de la salle de marché qu'il est "interdit de frauder"», a-t-il ironisé.

Pour lui, l'ex-trader a été «malhonnête, déloyal, non transparent et tricheur». Il a aussi eu une attitude «criminelle», a-t-il ajouté, évoquant le week-end de janvier 2008 durant lequel la banque a dû identifier le mécanisme de la «fraude» imputée à Jérôme Kerviel.

Jérôme Kerviel a «refusé d'aider la banque» à connaître son exposition, afin de savoir le lundi matin «quoi faire de sa position monstrueuse», a-t-il déploré. Il a aussi «nié la réalité» et, le vendredi précédent l'annonce de la fraude, «il a augmenté sa position». Ce jour-là, «il fonce dans le mur».

Avant M. Mianné, le tribunal avait entendu Valérie Rolland, «déontologue» à la Société Générale, chargée de veiller au respect, par les traders notamment, de la déontologie de la banque et de leur métier.

Son témoignage a surtout été celui d'une amie de Jérôme Kerviel.

Employée autrefois au service de contrôle du «middle office», elle y a rencontré Jérôme Kerviel dès l'arrivée de celui-ci à la Société Générale, en 2000. Il était témoin à son mariage.

A aucun moment, a-t-elle dit, elle n'a imaginé qu'il ait pu prendre des positions de dizaines de milliards d'euros. «J'ai du mal à imaginer qu'au sein d'une banque on puisse prendre de telles positions», a-t-elle déclaré.

Jérôme Kerviel était quelqu'un de «tout à fait normal, pas flambeur», a-t-elle déclaré.

Après la découverte de la «fraude», elle a demandé de ses nouvelles par SMS, il lui a répondu «de l'oublier». «Cela fait très mal, je ne comprends pas, après tant d'années d'amitié», a ajouté, les larmes aux yeux, la jeune femme blonde.

«On m'avait demandé de n'entrer en contact avec personne, a expliqué Jérôme Kerviel, (...) je ne voulais pas qu'elle soit inquiétée, qu'on lui reproche une collusion avec moi».

Après avoir creusé la semaine dernière la question des «limites» posées aux engagements des traders, le tribunal abordait plus à fond lundi celle des opérations fictives passées par Jérôme Kerviel pour masquer ses engagements.

Même s'il reconnaît avoir perdu le sens des réalités, en engageant la banque pour des «montants démesurés», il affirme que la saisie d'opérations fictives était «une pratique connue et reconnue» qu'il n'avait «pas inventée».

Son procès est prévu jusqu'au 25 juin. Il encourt cinq ans de prison et 375.000 euros d'amende.