(Montréal) Une douzaine d’organismes et d’associations professionnelles ont réclamé vendredi que Québec adopte une loi pour imposer des limites au nombre de patients par professionnel de la santé.

Mis à jour le 29 avril
Clara Descurninges La Presse Canadienne

« Il ne fait aucun doute que les ratios sécuritaires doivent être une norme applicable partout », a affirmé le vice-président de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), Jérôme Rousseau, en conférence de presse à Montréal.

Il a encouragé organismes et individus à ajouter leur signature au plaidoyer, qui est disponible en ligne.

« Notre système de santé a des problèmes importants, notre personnel est surchargé et épuisé, a-t-il expliqué. Ce sont les patients, la clientèle, le personnel soignant et les personnes proches aidantes qui en souffrent. »

Il a donné l’exemple d’une infirmière qui se retrouve avec 150 patients à sa charge, et qui « doit choisir les soins qu’elle doit faire », puisqu’il lui est impossible de répondre à tous les besoins.

« Nos professionnels en santé ne veulent plus avoir à prioriser certains soins aux patients plutôt que d’autres », a renchéri la présidente de la section du secteur privé de la FIQ, Sonia Mancier.

Elle a rappelé que les résidants de CHSLD requièrent de plus en plus des soins aigus, alors que les ressources disponibles ne s’adaptent pas toujours à cette nouvelle réalité. Après l’hécatombe survenue dans ces milieux durant la pandémie, « le statu quo n’est simplement plus tolérable pour personne », a-t-elle plaidé.

Combattre la pénurie

La représentante de l’Association québécoise des infirmières et des infirmiers, Kenza Rahmi, a pour sa part fait valoir que la pénurie de personnel en santé n’est pas une excuse pour ne pas imposer de ratios.

« Ce n’est pas un problème de pénurie, mais de rétention de personnel soignant », a-t-elle dit, expliquant que les mauvaises conditions créent un cercle vicieux où de plus en plus de travailleurs quittent le domaine.

Ainsi, les ratios sont selon elle « une solution centrale à l’amélioration de la capacité du réseau à attirer et à retenir des infirmières ».

« Il y a beaucoup d’infirmières qui fuient les urgences parce qu’elles ne se sentent pas en sécurité », a-t-elle donné comme exemple.

M. Rousseau a ajouté que les mauvaises conditions de travail causent aussi « un nombre élevé d’invalidités dans le réseau de la santé », que ce soit pour « épuisement professionnel », ou parce que les employés « se blessent eux-mêmes parce que ça va trop vite ».

Les justes ratios

Les membres de la coalition n’ont pas fourni de chiffres quant à ce qui constituerait un ratio sécuritaire de patients par travailleur de la santé, puisque cela varie beaucoup d’un cas à l’autre.

Voilà pourquoi le président de l’ordre des infirmières et infirmiers du Québec, Luc Mathieu, a demandé la mise au point d’« outils pour déterminer l’intensité de soins pour les patients », et donc la quantité de travail qu’ils représentent.

La responsable des communications externes du Groupe de concertation et d’influence en soins infirmiers du Québec, Claire Thibault, a elle aussi souligné l’importance d’un « mécanisme rigoureux pour ajuster les ratios en fonction des besoins de la clientèle ».

À ce jour, les signataires du plaidoyer sont la Fédération interprofessionnelle de la santé, l’Association québécoise des infirmières et infirmiers, l’Association québécoise des infirmières et infirmiers en gérontologie, le Groupe de concertation et d’influence en soins infirmiers du Québec, le Mouvement d’éducation populaire et d’action communautaire du Québec, Médecins québécois pour le régime public, l’Ordre des infirmières et infirmiers auxiliaires du Québec, l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec, Proche aidance Québec, le Réseau FADOQ et le Regroupement interprofessionnel des intervenants retraités des services de santé.

Cet article a été produit avec le soutien financier des Bourses Meta et La Presse Canadienne pour les nouvelles.