(Montréal) Les primes versées aux préposés aux bénéficiaires dans les résidences privées continueront d’être versées tant que la crise sanitaire durera, mais qu’arrivera-t-il après ? s’inquiète le Regroupement des résidences privées pour aînés.

Lia Lévesque La Presse Canadienne

Sans ces primes, les résidences privées pour aînés risqueraient de se retrouver avec un exode du personnel vers le réseau public, là où les salaires des préposés aux bénéficiaires ont été rehaussés pour de bon, grâce à la renégociation des conventions collectives dans le secteur public.

Mais les RPA ne font pas partie du secteur public. En entrevue, Yves Desjardins, président-directeur général du Regroupement des résidences privées pour aînés, s’est donc dit incertain pour l’après-crise sanitaire.

Le cabinet de la ministre des Aînés, Marguerite Blais, a confirmé que les primes continueront d’être versées dans les RPA tant que la crise sanitaire durera.

« Les RPA sont des partenaires importants pour le gouvernement du Québec », a-t-on fait savoir.

Quant à ce qui arrivera après, un programme de réduction graduelle des primes a déjà été annoncé dans le dernier budget. M. Desjardins précise que dans les résidences de moins de 149 unités, on passerait de 80 % de la prime à 65 %, puis 50 % sur trois ans, afin d’éviter un choc trop brusque.

« Dans le dernier budget, en plus de la bonification du crédit d’impôt remboursable pour maintien à domicile des aînés (394,2 millions), des sommes importantes ont été prévues pour aider les RPA à faire des travaux d’amélioration de leur bâtiment (52 millions sur cinq ans) et pour faciliter la transition salariale dès la fin du décret sanitaire (335 millions sur cinq ans) », a indiqué le ministère.

« Ces deux programmes à venir sont encore en travaux et pourront être officiellement annoncés sous peu. Ces aides sont modulées de manière à être plus généreuses envers les petites RPA », a précisé le ministère.

Reste qu’« il y a de l’inquiétude du côté des résidences », relate M. Desjardins.

Il affirme que les grandes résidences ne bénéficieraient pas de cette aide financière — « une centaine, malgré que ce sont les mêmes employés. Et ça risque de poser problème. »

Quant aux petites résidences, certaines n’auraient même pas les moyens de continuer à verser ces primes à leurs employés, affirme-t-il.

« Tant que la crise sanitaire est là, les primes vont être maintenues, mais beaucoup de nos membres ont dit ne pas être en mesure d’assurer une partie, même, des primes », rapporte-t-il.

Syndicats de préposés

Du côté syndical, on demande aussi à être rassuré. « Il faut maintenir les salaires, même à la fin de l’urgence sanitaire. La pénurie de personnel est immense dans les RPA, il ne faudrait pas l’aggraver avec une éventuelle baisse de salaire due à la fin de l’aide financière », a commenté Sylvie Nelson, présidente du Syndicat québécois des employés de service (SQEES), affilié à la FTQ.

Elle qui représente plus de 10 000 travailleurs dans les RPA préférerait une solution à long terme. « La solution, pour nous, passe par un décret de convention collective qui couvrirait tout le personnel en hébergement privé, syndiqué ou pas. »

Un décret de convention collective est une sorte de convention collective qui offre des conditions minimales de travail dans toute une industrie. Il couvre tant les syndiqués que les non-syndiqués. Il en existe dans l’entretien d’édifices publics, par exemple, et dans les agences de sécurité.