(Montréal) Quarantaine oblige, le trampoline réapparaît massivement dans les cours arrière. Des précautions s’imposent : les blessures sont nombreuses et le filet de sécurité ne protège pas du danger le plus méconnu. Parce que non, ce n’est vraiment pas le temps de se retrouver à l’hôpital.

Louise Leduc Louise Leduc
La Presse

Chaque année, dans l’ensemble du pays, la pratique du trampoline, de plus en plus en vogue dans les centres d’activité comme dans les cours arrière, entraîne quelque 1500 visites aux urgences et des blessures graves qui nécessitent souvent opérations et hospitalisations.

Dans les magasins, ils s’envolent tant ces jours-ci qu’il est de plus en plus difficile d’en trouver. Sur Twitter, un internaute s’est pour sa part surpris de voir son trampoline se vendre en 57 secondes. Il raconte avoir reçu 23 appels en cinq minutes !

C’est dans un centre d’activités consacré à cette pratique qu’Eric Omielan, lui, a pratiqué cette activité pour la dernière fois de sa vie.

En octobre, alors qu’il avait 16 ans, il est reparti de ce centre en ambulance, avec une fracture ouverte et des amis encore traumatisés par l’image pas très jolie de cet os qui sortait de sa jambe.

« Je sautais avec mon ami et j’ai atterri sur le trampoline tout de suite après qu’il venait de le faire. Le trampoline était alors super tendu, dur comme du ciment. Je ne pouvais plus bouger ma jambe. Je n’y comprenais rien, j’étais un peu en état de choc. »

PHOTO SKINNER, ROBERT, LA PRESSE

Eric Omielan

Deux os de sa jambe étaient cassés. Eric a dû être opéré et il a maintenant une tige de métal dans la jambe. Sportif accompli, il faisait des compétitions de natation et il courait beaucoup. Pendant des mois, il a été réduit à l’immobilité, sans compter qu’il a raté trois semaines d’école.

Sa mère, Heather Davies, est infirmière. Parce que son fils s’était déjà rendu au centre d’activités où est survenu l’accident, elle avait déjà signé le formulaire obligatoire de consentement pour son fils. « Je n’avais jamais réalisé à quel point le trampoline pouvait être dangereux et à quel point cette journée allait changer la vie de mon fils pour longtemps. »

Les accidents de trampoline se sont multipliés de façon exponentielle depuis les années 90, au fur et à mesure que les parents en achetaient pour leur cour arrière et, plus récemment, que des centres d’activités spécialisés ouvraient leurs portes.

En 1990, l’Hôpital de Montréal pour enfants ne voyait passer que deux à cinq cas par an. Depuis cinq ans, on en enregistre 200 par année.

Au CHU Sainte-Justine, on rapporte qu’il y en a une centaine par année. La Dre Marianne Beaudin, qui y est chirurgienne et chef de trauma, relève que quelque 1500 visites aux urgences de l’ensemble du pays sont consécutives à la pratique du trampoline (les hôpitaux sont tenus de colliger tout accident lié aux enfants).

Un enfant à la fois, pas plus

Dans la grande région de Montréal, les centres d’activités qui se consacrent au trampoline sont encore fermés, mais l’accident subi par Eric est un classique. Liane Fransblow, coordonnatrice en traumatologie à l’Hôpital de Montréal pour enfants, note que les parents croient trop souvent, à tort, qu’il suffit de mettre un filet de sécurité autour d’un trampoline pour éliminer le danger.

« Les plus grosses blessures surviennent quand plus d’un enfant saute à la fois », explique-t-elle.

« Les enfants qui arrivent à l’hôpital à la suite d’une blessure subie sur un trampoline sont quatre fois plus susceptibles d’être hospitalisés que des enfants ayant subi des blessures au hockey ou au football », signale la Dre Marianne Beaudin.

Entorses, fractures compliquées au fémur qui nécessitent une intervention chirurgicale, commotions cérébrales, blessures à la moelle épinière : tout y passe. « C’est une activité à haut risque de blessures », insiste la Dre Beaudin.

C’est tellement le cas que la Société canadienne de pédiatrie ne recommande pas en général la pratique du trampoline pour les enfants de moins de 6 ans, « dont les os sont plus faibles », fait remarquer Mme Fransblow.

S’il existe des règlements clairs pour l’aménagement de parcs extérieurs, Mme Fransblow dénonce le fait qu’il n’y en ait pas pour les parcs de trampoline et qu’il n’y ait pas de supervision.

Un formulaire à signer

Les centres de trampoline sont très au fait des risques associés à cette activité

Dans le formulaire obligatoire de consentement d’iSaute, qui fait toute une page, les parents doivent signer qu’ils reconnaissent notamment que les activités offertes « peuvent constituer un danger et comportent des risques à la fois connus et inconnus, lesquels peuvent entraîner des blessures sérieuses ou graves ou même la mort ». Il y est aussi précisé qu’il peut y avoir un « éclairage faible, non-supervision ou manque de surveillants qualifiés à l’emploi de iSaute ».

Bien sûr, de tels centres ne sont pas près de rouvrir à Montréal, mais ça viendra. Quand ce sera le cas, que faut-il penser de telles clauses de dénonciation de danger ? Me Daniel Gardner, professeur de droit spécialisé en responsabilité civile à l’Université Laval, explique qu’elles sont légales.

Elles visent à rappeler aux gens « qu’on les avait bien prévenus », et ils ne pourront pas plaider le contraire. Mais elles ne peuvent empêcher d’aucune façon des gens d’intenter une poursuite.

La tâche de ceux qui veulent intenter un recours est cependant plus ardue. Il leur faudrait arriver à prouver que le matériel était en mauvais état ou ne correspondait pas aux normes, explique Me Gardner.

Heather Davies, elle, n’a nullement l’intention de poursuivre le centre d’activités. Elle avait signé le formulaire de consentement pour une visite antérieure que son fils y avait faite. Si une nouvelle griffe de sa part lui avait été demandée, elle l’aurait apposée, dit-elle, parce qu’elle n’aurait jamais pensé que le trampoline pouvait être aussi dangereux.

« Tout ce que je veux, maintenant, c’est de sensibiliser les autres parents aux dangers de cette activité. »

Précautions à prendre si l’on fait du trampoline

• la présence d’un pareur entraîné est essentielle;

• seulement une personne sur le trampoline à la fois;

• n’essayez jamais des culbutes sans entraînement; ne permettez jamais aux enfants de jouer sans supervision sur un trampoline;

• le trampoline devrait être entouré d’une matière de sécurité capable d’absorber les impacts.

Source : Hôpital de Montréal pour enfants