La conduite de Daniel Castonguay, PDG du Centre intégré de santé et de services sociaux de Lanaudière (CISSSL) dans le dossier autochtone fait plus que faire lever un sourcil.

Patrick Lagacé Patrick Lagacé
La Presse

Cette conduite fait dresser les cheveux sur la tête.

Je rappelle les faits. Début octobre, Joyce Echaquan, mère de sept enfants, après des douleurs atroces, meurt en se filmant à l’urgence de l’Hôpital de Joliette. Elle a filmé sa propre agonie sur Facebook et qu’entend-on de deux employées de l’urgence ? Des quolibets discriminatoires remplis de préjugés sur les Autochtones.

L’affaire a fait le tour du Canada et mis le gouvernement du Québec dans l’embarras. Des enquêtes sont en cours. Les deux employées ont été congédiées.

Peut-on reprocher à Daniel Castonguay, PDG du CISSS Lanaudière, la conduite de ces deux employées ? Évidemment, non. Ce n’est pas lui qui se comporte de façon inhumaine, ce soir-là, dans l’urgence de l’Hôpital de Joliette.

Mais c’est « son » hôpital. Daniel Castonguay est PDG de l’entité CISSS qui supervise cet hôpital. Cet hôpital est dénoncé de façon formelle par des Atikamekw de la réserve de Manawan depuis des années.

Dénoncé ? Par des plaintes au CISSS. Et par des témoignages à la Commission sur les relations entre les Autochtones et les services publics, une commission qui a publié son rapport un an jour pour jour avant la mort de Joyce Echaquan. Tu parles d’une mise en abîme…

Or, le PDG Castonguay a accordé une entrevue à la journaliste de La Presse Suzanne Colpron, entrevue publiée mercredi. L'entrevue portait précisément sur ce que le PDG savait au sujet des récriminations des Atikamekw face aux soins qu’ils reçoivent à l’Hôpital de Joliette.

Dans cette entrevue, le PDG Castonguay a fait quelque chose d’une lâcheté colossale : il dit qu’il ne savait pas ce qui s’était dit à la Commission Viens au sujet des griefs des Autochtones parce qu’une employée du CISSS était chargée de le faire… Et qu’elle ne l’a pas fait !

C’est le contraire du leadership : mettre le blâme sur une subalterne.

L’employée blâmée par M. Castonguay s’appelle Maryse Olivier, ex-Directrice de la Protection de la jeunesse de Lanaudière. Elle a lu La Presse, hier. Et elle a sursauté. Elle a décidé de livrer sa vérité à Suzanne Colpron, vous pouvez lire ses propos dans l’édition du jour.

Les déclarations de Maryse Olivier jettent un doute sur le rapport qu’entretient Daniel Castonguay avec la vérité. Dates et faits à l’appui, Mme Olivier jure avoir communiqué à son PDG les témoignages épouvantables d’Autochtones au sujet de l’Hôpital de Joliette. Ça s’est fait dans un comité de direction du CISSS, dit-elle, et auprès du PDG Castonguay lui-même, « à plusieurs reprises ».

Il devait bien y avoir d’autres gestionnaires dans ce comité de direction ? Il doit bien y avoir des traces écrites de ce que Maryse Olivier a communiqué à ce comité de direction ? Des courriels ? Des traces de ce que le CISSS de M. Castonguay a fait avec les plaintes d’autochtones à son propre comité des usagers ?

Il faut des réponses à ces questions.

Les allégations de Maryse Olivier sont graves. Si on se fie à ce que l’ancienne DPJ de Lanaudière dit, Daniel Castonguay a menti dans des déclarations publiques sur un sujet explosif, grave : les relations entre les Autochtones et les services publics.

La position de Daniel Castonguay, à sa face même, défie l’entendement. Il n’aurait jamais, jamais, jamais été mis au courant de plaintes faites par les autochtones de Manawan au sujet de l’Hôpital de Joliette, plaintes faites devant une Commission publique d’enquête où une de ses subalternes était présente pour lui faire rapport ?

C’est gros. Trop gros pour laisser au PDG du CISSS Lanaudière le seul contrôle du spin public.

Quelqu’un doit se pencher là-dessus et ce « quelqu’un » ne peut pas être lié au CISSS de Lanaudière. Je suis sûr que l’équipe du ministre de la Santé Christian Dubé peut penser à quelqu’un qui aura l’objectivité requise pour aller enquêter dans le CISSS Lanaudière afin de répondre rapidement à deux questions absolument capitales.

Un, que savait le PDG Daniel Castonguay à propos des griefs des Atikamekw au sujet de l’Hôpital de Joliette ?

Deux, à quel moment a-t-il su ?

Troisième question, subsidiaire : s’il ne savait pas tout cela, si rien de tout ces griefs n’est jamais apparu sur son radar à priorités, Daniel Castonguay est-il compétent pour demeurer PDG d’un CISSS particulièrement écorché dans ses relations avec les Autochtones ?