(Québec) Inquiet de la popularité du vapotage chez les jeunes, Québec va restreindre l’accès aux cigarettes électroniques, encadrer l’offre de parfums et limiter le taux de nicotine, a appris La Presse.

Tommy Chouinard Tommy Chouinard
La Presse

La ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, mettra en application ces mesures d’ici au printemps. Elle forme un « groupe spécial d’intervention » pour la guider dans sa démarche.

Ce groupe sera piloté par le directeur national de santé publique, Horacio Arruda. Il « s’attaquera à l’encadrement des saveurs, au taux de nicotine permis et à l’accessibilité des produits de vapotage », selon une source gouvernementale. Ses recommandations sont attendues au plus tard en avril, mais le gouvernement Legault souhaite mettre en œuvre certaines mesures plus rapidement.

Le groupe spécial d’intervention sera également formé de représentants du ministère de la Santé et de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ). Il sollicitera l’avis de plusieurs groupes, dont le Conseil québécois sur le tabac et la santé, la Société canadienne du cancer, Capsana – un organisme associé à l’Institut de cardiologie de Montréal – et divers spécialistes comme des cardiologues et des pneumologues.

Québec entend restreindre l’accès aux vapoteuses et l’offre de parfums, dont la variété est attrayante pour les jeunes. Il veut également limiter la concentration de nicotine, parfois très élevée, dans les liquides.

L’exemple de la Colombie-Britannique

Le gouvernement Legault va s’inspirer des mesures annoncées par la Colombie-Britannique le 14 novembre, signale une source proche du dossier.

Dans cette province, à compter du printemps, les cigarettes électroniques aromatisées ne pourront être vendues que dans des boutiques spécialisées accessibles seulement aux personnes âgées de 19 ans et plus. On les retirera donc des dépanneurs.

La Colombie-Britannique a également décrété que la concentration de nicotine ne pourra excéder 20 mg par millilitre – une recharge en contient parfois trois fois plus. Les produits du vapotage seront taxés plus lourdement. Leur emballage devra être neutre.

En quelques années, la cigarette électronique est passée d’un outil conduisant à renoncer au tabac pour les adultes à un piège créant de la dépendance chez nos jeunes.

Adrian Dix, ministre de la Santé de la Colombie-Britannique

À Québec, une source gouvernementale évoque un scénario qui irait plus loin : l’interdiction des cigarettes électroniques aromatisées en vente libre. Québec limiterait alors à quelques parfums les produits offerts en pharmacie, accessibles seulement à ceux qui ont une ordonnance dans le cadre d’une démarche pour essayer d’arrêter de fumer le tabac. Ce serait une manière de procéder semblable à celle en vigueur pour les timbres de nicotine.

Au fédéral, Santé Canada tient depuis plusieurs mois des consultations sur les cigarettes électroniques. Aucune mesure n’a été adoptée jusqu’ici. « Le vapotage comporte des risques et ses possibles effets à long terme sur la santé ne sont toujours pas connus », soutient l’organisme, notant que les cigarettes électroniques peuvent contenir « des douzaines de produits chimiques ».

« Facteur de risque d’initiation au tabagisme »

En date du 20 novembre, on recensait 11 cas de maladies pulmonaires graves liées au vapotage au pays, dont trois au Québec et le même nombre en Colombie-Britannique. Le premier cas québécois est apparu en septembre.

Même si l’achat et la vente de cigarettes électroniques sont interdits aux mineurs, 26 % des élèves du secondaire au Québec en avaient déjà utilisé et 10 % en avaient fait usage dans les 30 jours ayant précédé l’Enquête canadienne sur le tabac, l’alcool et les drogues menée en 2017.

Ces produits sont devenus un fléau dans les écoles. Ils sont facilement dissimulables, puisque leur taille peut être semblable à celle d’une clé USB. Certains produisent peu ou pas de vapeur.

« L’utilisation de la cigarette électronique chez les jeunes pourrait être un facteur de risque d’initiation au tabagisme. Plusieurs études démontrent que les jeunes non-fumeurs qui utilisent la cigarette électronique ont trois fois plus de risques de fumer la cigarette un an ou deux ans plus tard que s’ils n’avaient pas utilisé la cigarette électronique », souligne un document d’information du gouvernement du Québec.

Aux États-Unis, le président Donald Trump avait évoqué en septembre une interdiction de tous les parfums de cigarettes électroniques, sauf le goût du tabac. Or, il a paru reculer la semaine dernière, faisant valoir qu’une telle mesure favoriserait la contrebande de produits de mauvaise qualité. C’est l’un des arguments de l’industrie.

Des États américains ont toutefois déjà interdit les produits de vapotage aromatisés, dont l’État de New York et le Michigan. Le Massachusetts est allé plus loin et a décidé de bannir, au moins temporairement, la vente de toutes les cigarettes électroniques.

Toujours chez nos voisins du Sud, les Centers for Disease Control and Prevention rapportent 2290 cas de maladies pulmonaires et 47 morts associés au vapotage, en date du 20 novembre.