Un jeune médecin résident de l’Université McGill arrêté l’an dernier en possession d’un opioïde plus puissant que le fentanyl a bénéficié jeudi d’une absolution inconditionnelle, malgré la dangerosité de cet analgésique au cœur de la crise des opioïdes. Il devrait maintenant être en mesure de reprendre ses études.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

« C’est évident qu’il a vécu l’enfer », a compati hier la juge Karine Giguère en imposant la peine la plus clémente du Code criminel à Jacob Kleiman. Son casier judiciaire sera ainsi effacé dans un an, sans condition. L’homme de 29 ans a plaidé coupable l’été dernier à une accusation de possession de sufentanil, alors qu’un chef de vol a été retiré.

Médecin résident en anesthésie, le Montréalais avait un problème de consommation d’opioïdes en mars 2018. Selon le résumé des faits admis en cour, le Centre universitaire de santé McGill (CUSM) avait alors des inquiétudes à son sujet.

« En mars, l’hôpital a remarqué qu’il prenait des fioles de sufentanil quand les patients n’en avaient pas nécessairement besoin à ce moment. Ils ont appelé la police et ils ont trouvé deux fioles sur lui. L’une était pleine de sufentanil, 5 ml, l’autre était vide », a résumé son avocat, Me Robert Israël, en juillet dernier.

« Remords sincères »

Jacob Kleiman a été arrêté à l’hôpital par les policiers, qui ont trouvé des fioles vides dans son casier. Il n’a pas travaillé depuis. Il a toutefois fait plus de 400 heures de bénévolat dans la dernière année pour un organisme d’aide aux personnes sans abri, a souligné la juge Giguère.

Le médecin résident est non seulement en rémission complète de son problème de consommation d’opioïdes, mais prêt à retourner au travail pour terminer sa résidence en anesthésiologie, indique la juge. Jacob Kleiman est ainsi en discussion avec la faculté de médecine de l’Université McGill et le Collège des médecins pour terminer sa résidence, mais sous de strictes conditions. L’Université McGill a refusé de commenter le dossier.

« Sa dépendance aux opioïdes et la honte l’ont poussé vers la dépression. Il a des remords sincères. […] Sa conduite découle d’un problème de santé », a expliqué la juge. Ainsi, faire bénéficier ce jeune homme d’une absolution inconditionnelle n’est pas contre l’intérêt public, conclut-elle.

La crise des opioïdes a fait 4588 morts au Canada l’an dernier, dont 424 au Québec, selon l’Agence de la santé publique du Canada. Environ les trois quarts de ces décès sont liés à la consommation de fentanyl ou d’analgésiques analogues au fentanyl. Le sufentanil est environ de cinq à dix fois plus puissant que le fentanyl.