Un groupe de 223 pédiatres québécois presse le gouvernement Legault de reconnaître l’obésité comme une maladie et d’investir massivement en prévention pour ne pas négliger « la pire épidémie de santé du XXIe siècle ».

Ariane Lacoursière Ariane Lacoursière
La Presse

Dans une lettre envoyée à la ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, et au ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, les signataires écrivent qu’alors que « l’obésité est reconnue mondialement comme une maladie » depuis 2013, « cette déclaration n’a pas été entérinée par le Québec ».

Pour la Dre Julie St-Pierre, professeure de pédiatrie à l’Université McGill et spécialiste de l’obésité infantile, il est important de reconnaître l’obésité comme une maladie pour « légitimer » l’accès par les Québécois obèses à des soins de santé. « Un enfant atteint d’obésité a le droit comme n’importe quel enfant malade d’être soigné », dit-elle.

Un avis partagé par l’endocrinologue André Carpentier, directeur du Réseau de recherche sur la santé cardiométabolique, le diabète et l’obésité : « Ça prend une reconnaissance de la maladie pour avoir des traitements ciblés […] L’obésité doit être traitée sur le même pied que les autres maladies. »

Selon la Dre St-Pierre, les préjugés envers les personnes obèses peuvent en partie expliquer la lenteur des gouvernements à reconnaître l’obésité comme une maladie. « Il y a peut-être aussi une peur de ne pas être en mesure de répondre à la demande », dit-elle.

Zéro investissement

Intimidation, dépression, diabète de type 2… Les conséquences de l’obésité sur la santé des jeunes sont nombreuses, soulignent les pédiatres dans leur lettre. Si la maladie touche tout le monde, les enfants issus de familles plus démunies sont particulièrement touchés.

Pour la Dre St-Pierre et ses collègues, le gouvernement doit « investir dans des programmes de prévention chez les jeunes qui incluent des équipes multidisciplinaires en première et en deuxième ligne ». « Les équipes multidisciplinaires demeurent la mesure la plus importante et la moins coûteuse pour faire face à l’épidémie », dit-elle.

Or, actuellement, seules quelques cliniques offrent ce service et toutes sont financées par des mouvements philanthropiques. « Il y a zéro investissement du gouvernement à ce sujet malgré notre insistance depuis 2013-2014 », déplore la Dre St-Pierre.

Taxer les boissons sucrées

Les signataires appuient la demande de la Coalition québécoise sur la problématique du poids qui « réclame l’instauration d’une taxe sur les boissons sucrées ». Pour les pédiatres, cette taxe « freinerait la surconsommation de ces boissons qui est directement liée à l’obésité en plus de contribuer au financement du traitement ».

Le 11 octobre est la journée mondiale de lutte contre l’obésité. Obésité Canada publie aujourd’hui un rapport sur la sensibilisation à la prise en charge de l’obésité, des soins et de son traitement. L’organisme déplore lui aussi que le Canada tarde à reconnaître l’obésité comme une maladie chronique. Le rapport souligne également qu’il existe encore beaucoup de préjugés par rapport à l’obésité.

Proportion des enfants et des adolescents québécois qui sont : 

Obèses : 10 %

En embonpoint : 30 %