Le directeur médical de la clinique L’Actuel, le Dr Réjean Thomas, enregistre une hausse importante du nombre de diagnostics de syphilis chez ses patients. Au cours des deux derniers mois, environ 135 cas ont été traités dans la clinique montréalaise, soit le double par rapport à la même période l’an dernier. « C’est préoccupant. Il faut agir », dit-il.

Ariane Lacoursière Ariane Lacoursière
La Presse

Dans un texte publié sur sa page Facebook hier matin, le Dr Thomas a écrit n’avoir « jamais traité autant de cas de syphilis de toute [sa] vie ». « C’est rendu que ça touche tout le monde. Les hommes. Les femmes. Les homosexuels et les hétérosexuels », note en entrevue le Dr Thomas.

Depuis quelques années, le Québec enregistre une recrudescence de la syphilis. Le nombre de cas est passé de 635 en 2013 à 918 en 2017. Pour le Dr Thomas, différents facteurs peuvent avoir contribué à cette hausse, dont le fait que les jeunes sont aujourd’hui moins enclins à se protéger. Le médecin relève aussi que la grande majorité des cas de syphilis qu’il voit résultent de rencontres faites sur les réseaux sociaux. « Les rencontres sont plus faciles à faire. Et on connaît un peu moins bien le partenaire », dit-il.

PHOTO BÉNÉDICTE MILLAUD, ARCHIVES LA PRESSE

Le Dr Réjean Thomas, directeur médical de la clinique L’Actuel

La « grande imitatrice »

La syphilis non traitée « progresse en différents stades, et les symptômes varient selon le stade », écrit le Dr Thomas. Au départ, des lésions à la bouche, aux organes génitaux ou à l’anus peuvent apparaître, puis disparaître. Une éruption cutanée peut ensuite survenir et de nouvelles lésions peuvent apparaître, accompagnées de fièvre, de maux de tête, de douleurs musculaires et de fatigue.

Le Dr Thomas explique que la syphilis est surnommée la « grande imitatrice », car ses symptômes peuvent être confondus avec d’autres maladies comme des ulcères, la mononucléose ou la grippe. « Il faut alerter la population et les acteurs du réseau de la santé. Parce que la maladie n’est pas évidente à diagnostiquer », dit-il.

La direction de la santé publique de Montréal a été incapable, hier, de fournir des données à jour sur la syphilis dans la métropole. « Mais il ne faut pas attendre un an d’avoir des statistiques officielles pour agir », estime le Dr Thomas. Selon lui, une campagne de sensibilisation, notamment sur les médias sociaux, s’impose. « Il faut aussi augmenter le dépistage et la fréquence de dépistage », dit-il.