Un panache de fumée orangée se dégageant d’une cheminée de la Fonderie Horne a suscité l’inquiétude mercredi, à Rouyn-Noranda, rappelant un incident passé pour lequel l’entreprise avait été sanctionnée par le ministère de l’Environnement.

Publié le 14 avril
Jean-Thomas Léveillé
Jean-Thomas Léveillé La Presse

« C’est le genre de boucane qu’on voit très rarement à Rouyn », a raconté à La Presse Dany Croteau, qui y réside depuis 30 ans et qui a aperçu le panache en sortant faire sa marche matinale, vers 9 h 30.

« On a eu beaucoup d’appels au bureau, de gens inquiets », a indiqué à La Presse la députée de Rouyn-Noranda–Témiscamingue Émilise Lessard-Therrien, par ailleurs porte-parole de Québec solidaire en matière d’environnement.

« La fumée orange, ça frappe l’imaginaire », contrairement aux émissions polluantes généralement inodores et incolores de la Fonderie, a-t-elle ajouté, disant avoir fait un signalement à la Direction de santé publique régionale et au ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC).

« Plusieurs personnes » ont aussi fait part de leur inquiétude au comité Arrêt des rejets et émissions toxiques de Rouyn-Noranda (ARET), qui regroupe des parents et des résidants du quartier Notre-Dame, voisin de la fonderie, a affirmé à La Presse Mireille Vincelette, coporte-parole de l’organisme.

Des gens m’ont rapporté que ça allait vers le quartier Sacré-Cœur, à l’ouest de la fonderie. Il y a une école dans ce quartier.

Mireille Vincelette, comité ARET

Précédent en 2017

Selon la fonderie, c’est la présence d’oxydes d’azote (NOx) qui ont donné à la fumée cette couleur orangée, en raison d’une réaction chimique normale découlant d’une « inspection de [ses] équipements » qui était planifiée, a-t-elle expliqué dans une publication sur le réseau social Facebook.

L’oxyde d’azote peut causer l’irritation des voies respiratoires et est l’une des principales causes des pluies acides.

« Bien que le panache puisse sembler impressionnant, la quantité de gaz contenus dans celui-ci n’est pas élevée, y affirme-t-elle. De plus, des mesures de NOx sont effectuées au niveau du sol et jusqu’à maintenant aucun gaz n’a été détecté. »

Or, le panache de fumée observé mercredi rappelle celui survenu en mai 2017, pour lequel la Fonderie Horne s’était aussi montrée rassurante dans l’immédiat, mais avait ensuite reçu un avis de non-conformité du MELCC pour ne pas avoir respecté les normes d’émission d’oxyde d’azote, rapportait à l’époque Radio-Canada.

Sollicitée par La Presse, la Fonderie a indiqué que ce sont ses propres employés qui ont pris les mesures avec des « détecteurs portatifs », mercredi, mais qu’elle ne pouvait transmettre les résultats des lectures effectuées.

« Ce type d’appareil prend les mesures en continu, mais ne les enregistre pas », a affirmé la porte-parole de l’entreprise, Cindy Caouette, sans indiquer si des mesures indépendantes avaient aussi été effectuées.

Transparence critiquée

Ce nouvel incident démontre à nouveau le manque de transparence de la Fonderie Horne, estiment Mireille Vincelette et Émilise Lessard-Therrien, qui réclament « depuis longtemps » des données en continu et indépendantes sur les émissions de l’entreprise.

« C’est ça qui est fâchant, on ne sait jamais en temps réel à quoi on est exposés et s’il y a des mesures qu’on peut prendre pour se protéger », déplore la première.

« La fonderie le savait qu’elle allait faire cette opération. Elle aurait pu avertir la population », ajoute la seconde.

La Ville de Rouyn-Noranda « aurait en effet souhaité être informée à l’avance de la procédure qui était prévue par la Fonderie Horne », a aussi indiqué dans courriel à La Presse son porte-parole, François Chevalier, disant comprendre les inquiétudes des citoyens.

Située en pleine ville, la Fonderie Horne suscite souvent l’inquiétude à Rouyn-Noranda, notamment pour ses émissions d’arsenic, qui ont d’ailleurs bondi l’an dernier, rapportait La Presse le mois dernier.

La Direction de santé publique (DSPu) régionale affirme qu’« aucun citoyen n’a rapporté des symptômes en lien avec cet épisode » et que, par conséquent, elle « n’émettra aucun avis de type info-santé », a indiqué à La Presse Sarah Charbonneau, du Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de l’Abitibi-Témiscamingue.

Elle ajoute que la direction régionale du ministère de l’Environnement et de Lutte contre les changements climatiques (MELCC) « a mesuré, en collaboration le personnel de la Fonderie, les concentrations de NOx dans les quartiers résidentiels avoisinant la Fonderie [et qu’] aucun dépassement n’a été constaté ».

Le MELCC n’avait toutefois pas répondu aux questions de La Presse au moment de publier ces lignes.

Rectificatif
Une version précédente de ce texte attribuait les propos de la Ville de Rouyn-Noranda à Nancy Ménard, or son courriel contenait en fait une déclaration de François Chevalier.

En savoir plus

  • 1927
    année de l’ouverture de la Fonderie Horne de Rouyn-Noranda
    source : Fonderie Horne