(Québec) De plus en plus de Québécois choisissent de quitter leur région pour s’installer en Gaspésie ou aux Îles-de-la-Madeleine, révèlent de nouvelles données de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ).

Publié le 13 janvier
Gabriel Béland
Gabriel Béland La Presse

Ces chiffres dévoilés jeudi confirment que cette région, qui subissait il n’y a pas longtemps encore une décroissance démographique, a connu en 2021 une année faste. Il s’agit même de la région éloignée qui a le plus profité dans la dernière année du phénomène de retour en région, bien documenté depuis le début de la pandémie.

La région de la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine a affiché un solde migratoire positif de 1378 résidants en 2021, soit le double de l’année précédente. En d’autres mots, elle a attiré près de 1400 personnes de plus qu’elle n’en a perdu au profit des autres régions.

« La Gaspésie a le vent dans les voiles. Ça paraît dans les statistiques démographiques. Plus 1378 habitants, ce sont des chiffres drôlement intéressants. Et c’est partout dans la région », se réjouit le maire de Gaspé et président de l’Union des municipalités du Québec, Daniel Côté.

Audrey Desjardins et Gabriel Vézina font partie des statistiques. Les deux pharmaciens dans la fin de la vingtaine ont quitté Montréal pour Chandler en janvier dernier. Les deux ont trouvé un emploi à l’hôpital et ils ont pu acheter une maison.

« Je ne sais pas si on aurait pu le faire en ville », note Mme Desjardins, originaire des Laurentides et qui a rencontré son copain alors qu’ils vivaient à Montréal.

PHOTO FOURNIE PAR AUDREY DESJARDINS

Audrey Desjardins et Gabriel Vézina ont décidé de quitter Montréal pour s’installer en Gaspésie.

Pour vivre ici, il faut aimer le calme, l’absence de trafic, la mer et les beaux paysages. Le monde est gentil, les gens se connaissent. Le rythme de vie est très différent. Les gens sont moins pressés.

Audrey Desjardins, résidante de Chandler en Gaspésie

Gabriel Vézina, qui a vécu sept ans à Montréal, avoue s’ennuyer parfois des restaurants de la métropole et de ses activités. « Mais l’internet a changé les choses. La Gaspésie est pas mal moins isolée qu’avant. On a l’internet à haute vitesse presque partout. On a pas mal tout à portée de main », dit celui qui a grandi dans la région.

Des problèmes de croissance

La Gaspésie n’est pas la seule région éloignée à connaître un solde migratoire positif en 2021. Le Bas-Saint-Laurent a aussi réussi l’exploit (+ 1597), tout comme le Saguenay–Lac-Saint-Jean (+ 1405). Mais c’est en Gaspésie que les gains nets – par rapport à la population – sont les plus importants parmi ces régions.

Mouvements pandémiques : Montréal se vide, les régions font le plein

Le phénomène est d’autant plus fascinant que la Gaspésie a longtemps connu des années de vaches maigres. Elle perdait environ 1200 habitants par année au profit des autres régions il y a 20 ans encore.

Son solde migratoire est positif depuis 2017 (+ 122). Mais le phénomène s’est accéléré avec la pandémie (+ 681 en 2020) et a explosé en 2021 (+ 1378).

L’engouement des Québécois pour la Gaspésie est essentiel pour la région. La population gaspésienne est nettement plus âgée que la moyenne québécoise. Sans l’apport démographique des autres régions, la population serait en décroissance.

« C’est une région où l’accroissement naturel est négatif depuis longtemps, où les décès surpassent les naissances. La population de la région diminuait », rappelle la démographe de l’ISQ Martine St-Amour.

« L’accroissement naturel demeure négatif dans cette région, mais il y a eu un basculement. Ça fait cinq ans que la Gaspésie affiche un solde migratoire interne positif, et les gains augmentent d’année en année », note-t-elle.

Les gains ont augmenté à tel point que malgré l’accroissement naturel négatif, la population de la région a augmenté.

Martine St-Amour, démographe de l’ISQ

La population de la Gaspésie a en effet gagné 1351 personnes en 2021, pour s’établir à 92 072.

« L’industrie éolienne propulse le développement à des niveaux jamais vus. On est en pénurie de logements, de places en garderie, de main-d’œuvre… », explique le maire de Gaspé, Daniel Côté.

Il rappelle que l’usine de pales d’éoliennes de LM Windpower sera agrandie cette année. Le nombre d’employés doit passer de 400 à 600.

« C’est lourd à gérer comme croissance. Mais on est contents. On a assez eu de décroissance en Gaspésie que là, gérer de la croissance, ça nous fait plaisir. »

Avec Ariane Krol, La Presse