Pendant que les urgences continuent d'être engorgées, les unités de débordement se multiplient au Québec, au point où l'on en trouve maintenant dans plus de la moitié des hôpitaux.

Pascale Breton LA PRESSE

Au cours de la dernière année, près de 500 lits de débordement ont été utilisés en moyenne chaque jour au Québec, soit 30% de la capacité totale de lits.

 

La définition de ces unités de débordement demeure floue. Il s'agit parfois d'une marge de manoeuvre dont dispose l'hôpital. L'établissement ouvre des lits d'hospitalisation lorsque l'achalandage augmente, principalement pendant les mois d'hiver, et les ferment lorsque la situation redevient plus calme, généralement l'été.

Mais il peut aussi s'agir de lits de débordement aménagés à proximité des urgences. Les malades y sont envoyés lorsque le nombre de civières occupées devient trop élevé. Ceux-là posent souvent problème.

Le patient qui s'y trouve n'est plus comptabilisé dans les statistiques des urgences. Il n'influence donc pas les statistiques sur le temps passé aux urgences (durée moyenne de séjour).

Par contre, c'est souvent les médecins et le personnel des urgences qui s'en occupent, ce qui accroît leur tâche, en plus de contribuer à augmenter l'attente pour les autres patients.

Il s'agit d'un problème important, affirme la présidente de l'Association des médecins d'urgence du Québec, la Dre Geneviève Bécotte.

«Ces unités qui requièrent les ressources humaines et financières de l'urgence sont inacceptables», estime-t-elle.

Il est très difficile de savoir exactement combien d'unités de débordement se trouvent dans cette situation. C'est un sujet qui fait l'objet de non-dit, reconnaît la Dre Bécotte.

Il y a deux ans, on comptait une vingtaine d'hôpitaux avec des unités de débordement. Il y en a désormais 54 dans la province. Ce nombre comprend à la fois les unités qui servent de marge de manoeuvre aux hôpitaux en période de pointe et les lits de débordement des urgences.

Le relevé quotidien des urgences et des centres hospitaliers, envoyé au ministère de la Santé et des Services sociaux, révèle par ailleurs que certains hôpitaux ont été si achalandés que plus de 80 patients ont été couchés dans ces lits de débordement à certains moments au cours de la dernière année.

Parmi quelques exemples, on compte en moyenne 62 patients couchés dans ces lits de débordement, chaque jour, à la Cité de la santé de Laval. On en trouve également 45 en moyenne à l'hôpital du Sacré-Coeur de Montréal et 34 à l'hôpital Pierre-Le Gardeur.

Très souvent, l'aménagement de ces unités de débordement n'est pas optimal. Les salles sont exiguës et les installations sanitaires ne se trouvent pas à proximité. C'est d'ailleurs ce qu'avait constaté le Ministère qui avait fait une tournée de ces unités de débordement il y a deux ans.

En ce qui concerne les lits de débordement situés à proximité des urgences, ce ne devrait pas être aux médecins et au personnel des urgences de prendre les patients en charge, reconnaît le ministre de la Santé, Yves Bolduc.

Par contre, chaque hôpital devrait disposer d'une unité de débordement afin de bénéficier d'une marge de manoeuvre lorsque l'achalandage augmente, croit-il.

«Il faut à peu près 20% de lits que vous êtes capables d'ouvrir au besoin. Ce sont des lits de débordement. Si un hôpital n'a pas ça, il ne peut pas gérer son urgence», affirme le ministre.