Même si une centaine de scientifiques du monde entier et des groupes de travailleurs indiens le pressent de mettre fin à l'exportation de l'amiante chrysotile, le premier ministre Jean Charest n'a pas l'intention de changer d'un iota la position de son gouvernement à cet égard.

Sylvain Larocque LA PRESSE CANADIENNE

«Le Québec encourage l'utilisation sécuritaire du chrysotile. C'est ce que nous pratiquons chez nous et c'est ce qui est encouragé partout dans le monde», a déclaré M. Charest vendredi, en marge de l'assemblée annuelle du Forum économique mondial, qui se déroule à Davos, en Suisse.

Jeudi, 106 experts issus de plusieurs domaines et provenant de 28 pays ont envoyé une lettre au premier ministre dans laquelle ils demandent à Québec de cesser l'exportation d'amiante dans les pays en développement.

«Nous vous demandons de reconnaître la preuve scientifique incontestée qui démontre que toutes les formes d'amiante s'avèrent dangereuses ainsi que le jugement réfléchi de l'Organisation mondiale de la santé, qui estime que l'utilisation sécuritaire de n'importe quelle forme d'amiante n'a pu être établie nulle part au monde», ont écrit les scientifiques dans leur missive de huit pages.

De plus, des travailleurs et d'ex-travailleurs d'usines indiennes qui reçoivent de l'amiante du Québec, de même que des centrales syndicales du pays, entendent manifester leur mécontentement lundi, à l'occasion de la visite de M. Charest à Mumbai.

«En Inde, si les gens ont des préoccupations là-dessus, ils devraient s'adresser au gouvernement indien, parce que c'est lui qui a l'ultime responsabilité de l'utilisation sécuritaire du chrysotile», a sèchement répliqué le premier ministre.

De nombreux pourfendeurs de l'amiante estiment que le Québec fait preuve d'hypocrisie dans ce dossier, puisqu'on exporte le produit presque exclusivement vers les pays en développement, alors qu'il n'est pratiquement plus utilisé dans la province.

«Quand on reproche au Québec d'exporter, c'est assez incongru comme argument, a lâché Jean Charest. Évidemment que le Québec exporte! (...) Il ne faut pas non plus nous reprocher des choses qui tombent sous le sens.»

Le Québec recourt moins au chrysotile que les pays en développement parce que son économie est «mature», a soutenu M. Charest, qui a également tenu à expliquer pourquoi les entreprises et les diverses institutions gouvernementales retiraient l'amiante de leurs bâtiments.

«C'est tout à fait logique qu'on ait enlevé l'amiante à des endroits où, au moment où on l'a installé, ça ne respectait pas un certain nombre de normes, a-t-il indiqué. Ça ne nous empêche pas du tout d'utiliser l'amiante en respectant les nouvelles normes qui sont reconnues. C'est normal.»

Le premier ministre n'a toutefois pas pu dire si les ministères et les sociétés d'État utilisaient encore l'amiante chrysotile lors de travaux de rénovation ou de construction.

Le produit comporte des risques, a admis Jean Charest, en s'empressant toutefois d'ajouter que tel était également le cas pour le chlore et le mercure, qui sont largement employés.

En raison notamment des pressions du Canada, l'amiante ne figure pas sur la liste des produits potentiellement dangereux de la Convention de Rotterdam.