Le ministre de la Sécurité publique, Jacques Dupuis, revient sur sa décision et accepte de payer tous les frais d'avocat requis pour permettre la reprise de l'enquête publique du coroner sur la mort de Freddy Villanueva. Pour l'opposition, cette enquête a perdu de sa crédibilité en raison de «l'entêtement» de M. Dupuis.

Tommy Chouinard LA PRESSE

Hier après-midi, par voie de communiqué, Jacques Dupuis a indiqué que son ministère payera «les honoraires des avocats requis pour la reprise et la bonne marche de l'enquête publique présidée par le juge Robert Sansfaçon».

 

L'État pourrait donc assumer les frais d'avocat des deux jeunes blessés par balle lors de l'intervention policière de l'été dernier à Montréal-Nord. Il ferait la même chose pour quatre autres jeunes témoins si le juge Sansfaçon en fait la demande au gouvernement, a-t-on indiqué à La Presse. Une part plus importante des honoraires d'avocat de la famille Villanueva pourrait aussi être couverte par l'État - non seulement l'accompagnement durant l'enquête, mais aussi la représentation devant le coroner -, encore une fois dans l'éventualité où le juge l'exige.

«Si le juge en venait à la conclusion que les témoins doivent être représentés par avocat, le gouvernement se pliera à la demande du juge Sansfaçon», a affirmé Jacques Dupuis en matinée.

Le ministre a exhorté la famille Villanueva à participer à l'enquête. «Je rappelle que nous avons offert de payer un avocat pour la famille. Cet avocat pourrait poser toutes les questions à tous les témoins. Il n'y a pas de restriction. Je souhaite que la famille revienne sur sa décision, se constitue un procureur et se présente à l'enquête», a-t-il dit.

Quant à l'idée d'élargir le mandat de l'enquête comme le demande la famille, M. Dupuis s'en remet au juge Sansfaçon. «Il a toutes les possibilités d'accepter les questions. C'est à lui que revient la responsabilité de tenir l'enquête et de prendre les décisions.»

«Je n'interviendrai pas pendant que l'enquête se tient, afin que l'enquête se fasse de façon indépendante et sereine», a-t-il ajouté.

L'opposition condamne le ministre

L'opposition a condamné l'attitude de Jacques Dupuis dans ce dossier. «M. Dupuis, qui a pris une décision (hier) en catastrophe, aurait pu la prendre il y a déjà quelque temps et permettre de mieux soutenir les témoins. Si M. Dupuis avait été à l'écoute des gens de ce quartier, de la famille concernée, il ne se retrouverait pas avec entre les mains un risque d'avortement de cette commission d'enquête, qui, à mon point de vue, doit avoir lieu», a affirmé la chef du Parti québécois, Pauline Marois.

Selon la chef intérimaire de l'ADQ, Sylvie Roy, «l'entêtement» du ministre a entraîné «une cristallisation des positions de confrontation» qui mine l'enquête.

Le député de Québec solidaire, Amir Khadir, juge que M. Dupuis doit se retirer du dossier et le gouvernement, «instaurer une commission d'enquête publique au mandat élargi».

Le président du comité exécutif de la Ville de Montréal, Claude Dauphin, n'est «pas contre» une enquête au mandat élargi. «La décision relève du gouvernement, du ministre de la Sécurité publique, mais s'il décide d'élargir l'enquête, on ne sera pas contre», a indiqué M. Dauphin.