Alors que le président américain Barack Obama annonce que sa stratégie pour l'Afghanistan passe par une aide financière majeure au Pakistan, le gouvernement Harper répond que le Canada ne suivra pas son exemple.

Lina Dib LA PRESSE CANADIENNE

Le ministre canadien des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, tenait un point de presse à Montréal, vendredi, quelques heures après le discours du président Obama. A une question sur l'aide au Pakistan, le ministre Cannon a répondu: «Nous avons nos priorités et (...) nous n'avons pas l'intention d'augmenter nos budgets par rapport à l'action que nous avons déjà déployée sur le terrain.»

Le président Obama veut verser 1,5 milliard $ US par année, pendant cinq ans, au Pakistan pour lutter contre les talibans et Al-Qaïda dans ce pays frontalier de l'Afghanistan. Le président américain estime que toute stratégie afghane doit inclure le Pakistan.

Le porte-parole libéral en matière d'Affaires étrangères, Bob Rae, est tout à fait d'accord avec la pensée américaine. Dans une entrevue avec La Presse Canadienne, M. Rae a dit que le Canada aussi devrait en faire plus pour le Pakistan.

«Dans le rapport que le gouvernement nous a donné il y a quelques semaines et aussi dans la présentation de David Mulroney, qui est le sous-ministre en charge du dossier, ils n'ont pas vraiment mentionné le Pakistan», a déploré M. Rae.

Le député néo-démocrate Paul Dewar fait le même reproche. En point de presse, à Ottawa, M. Dewar a plaidé, encore une fois, pour une approche diplomatique plutôt que militaire.

«Ca veut dire que nous devons certainement investir au Pakistan, a-t-il dit. Nous devons absolument investir en Afghanistan. (...) Nous espérons voir émerger un vrai plan canadien, un effort diplomatique plutôt qu'un regard strictement militaire sur la situation.»

L'autre pan de la nouvelle stratégie américaine - une accélération de la formation des forces de sécurité afghanes - est applaudi à la fois par le ministre Cannon et le député Rae qui y reconnaissent les efforts fournis par le Canada depuis un an.

Cependant le chef libéral, Michael Ignatieff, reproche au premier ministre Harper d'avoir laissé le président américain élaborer tout seul la suite de la stratégie militaire en Afghanistan.

En point de presse à Burnaby, en Colombie-Britannique, M. Ignatieff a accusé Stephen Harper d'être «absent du dialogue stratégique».

«Moi, je crois que nous, les Canadiens, nous avons le droit d'être à la table quand on forme la stratégie pour nos troupes, a-t-il fait valoir. (...) Et je reproche beaucoup à M. Harper d'être absent justement parce que si on ajoute 17 000 (soldats) américains, qu'est-ce que nous, nous allons faire dans les deux années qui restent de notre mission? M. Harper n'a rien à dire sur le sujet?»

Par ailleurs, les libéraux continuent de s'opposer à tout prolongement de la présence militaire canadienne après 2011.

Même détermination chez les bloquistes. «Le Canada a donné et c'est au tour des autres de faire leur part», a résumé le leader parlementaire du Bloc québécois, Pierre Paquette.