Le premier ministre Stephen Harper se défend de porter des lunettes roses lorsqu'il prédit que le Canada va s'extirper de la récession plus rapidement que la majorité des autres pays.

Joël-Denis Bellavance LA PRESSE

Après l'influent économiste Don Drummond, de la Banque Toronto Dominion, plus tôt cette semaine, qui a dit prévoir une récession plus profonde et plus longue que prévu, voilà que l'ancien gouverneur de la Banque du Canada, David Dodge, met son grain de sel sur l'état de santé de l'économie canadienne en mettant en doute le scénario de reprise sur lequel table le gouvernement Harper dans son budget adopté la semaine dernière.

 

Dans une entrevue accordée au quotidien The Globe and Mail et publiée hier, M. Dodge affirme que la crise économique actuelle est si grave qu'elle modifiera vraisemblablement le visage du capitalisme.

M. Dodge, qui est aujourd'hui conseiller principal au sein du cabinet d'avocats Bennett Jones LLP, ne croit donc pas les prévisions du gouvernement Harper qui soutient dans son dernier budget qu'Ottawa sera en mesure de présenter un budget équilibré dès 2013 après quatre années de déficit.

«Ils ne pourront pas faire ça. C'est irréaliste», a-t-il affirmé.

M. Dodge, qui a dirigé la Banque du Canada pendant sept ans, estime au contraire que le resserrement du crédit durera des années, ce qui nuira à la reprise mondiale. Il prévoit aussi que le taux de chômage, qui s'élevait à 7,7% en février, bondira à 10%.

M. Dodge a aussi mis en doute le scénario de reprise présenté récemment par son successeur à la Banque du Canada, Mark Carney. «Je pense que le fait de croire que l'on va s'en sortir au troisième trimestre, c'est rêver en couleurs», a dit M. Dodge.

La Banque du Canada a affirmé récemment qu'elle prévoit que la croissance de l'économie va reprendre durant les deux derniers trimestres de 2009 et qu'elle atteindra 3,8% en 2010. Mais en fin de semaine, Mark Carney a indiqué que la Banque du Canada devra revoir ses prévisions à la baisse, compte tenu de l'ampleur de la crise économique mondiale.

Harper reste optimiste

De passage à Toronto, hier, le premier ministre Stephen Harper a convenu que la situation économique est difficile, mais il a maintenu ses prédictions selon lesquelles le Canada réussira à tirer son épingle du jeu mieux que les autres pays.

«Le Canada a un bilan financier solide. Nous allons retourner en surplus budgétaire quand la reprise sera bien engagée. Aucun autre pays n'est dans cette position. Nous avons la meilleure situation fiscale», a dit M. Harper.

Le premier ministre a rappelé que l'inflation demeure basse au pays, que le système bancaire est solide et que l'économie canadienne est diversifiée. «Ce n'est pas rêver en couleur ou irréaliste. C'est très réaliste», a dit M. Harper.

Il a toutefois réitéré que l'état de santé de l'économie mondiale va commencer à s'améliorer une fois que les autorités américaines auront fait le ménage qui s'impose dans leur système bancaire.