Sylvain Flamand est inquiet. L'intervenant , qui travaille à l'organisme Dans la rue, observe, comme plusieurs autres spécialistes, que les jeunes fugueurs disparaissent de plus en plus de l'espace public. Ils sont donc d'autant plus difficiles à retrouver.

Katia Gagnon LA PRESSE

Il y a 10 ans, les travailleurs de rue qui aident les jeunes sans-abri savaient très bien où se rendre pour rejoindre leur clientèle. «Le travailleur de rue qui se présentait à tel coin de rue à telle heure était certain de voir arriver sa clientèle, dont les nouveaux, qui s'agglutinaient autour des anciens. Les jeunes qui fuguaient avaient des lieux de rencontre, des codes vestimentaires.»

 

Or, ce n'est plus le cas aujourd'hui. «Les enfants disparaissent complètement de la carte», dit-il. Les jeunes se retrouvent dans des lieux qui échappent aux travailleurs de rue. Des appartements privés, des bars de danseuses, des peepshows. Les intervenants peinent donc à les rejoindre pour leur donner de l'aide.

«Et ces jeunes ne s'identifient plus du tout à l'image de jeunes marginaux. Ils sont dans des bars chic, ils sont dans des univers de rave, de culture yo, de gangsters. Ils sont propres, bien habillés, très branchés. Et ils sortent avec des messieurs qui leur paient tout ça.»

La répression policière contre les jeunes de la rue et l'émergence des gangs de rue montréalais, toujours à la recherche de recrues pour la prostitution, ont donc totalement changé l'univers des jeunes en fugue. Plusieurs intervenants témoignent d'ailleurs de la facilité avec laquelle les recruteurs des gangs de rue repèrent les jeunes fugueurs à la Station centrale, rue Berri.

«Ils voient les fugueurs débarquer de l'autocar et ça leur prend 10 secondes à les repérer. Alors ils leur offrent le gîte, des vêtements», raconte Claude Villeneuve, du centre jeunesse du Bas-Saint-Laurent, qui a travaillé de longues années à Montréal. À l'époque, de jeunes contrevenants repentis lui avaient montré, sur place, leur façon de procéder pour recruter. D'une déconcertante facilité.

«Les services de la rue sont plus performants que les nôtres», acquiesce ironiquement Sylvain Flamand. Pour réagir à ce phénomène «dramatique», M. Flamand a mis sur pied, depuis un an, une recherche-action avec tous les partenaires concernés. Les résultats seront connus dans quelques mois.

 

VOUS CRAIGNEZ QUE VOTRE ENFANT NE FUGUE?

VOICI QUELQUES RESSOURCES:

Le Service de police de la ville de Montréal offre un guide de conseils aux parents : www.spvm.qc.ca/fr/service/1_4_2_2_Fugue-conseils.asp

Le site de l'organisme En marge 12-17 : www.enmarge1217.ca

Le site de l'organisme Dans la rue : www.danslarue.org

Le site du Refuge des jeunes : www.refugedesjeunes.org