Depuis que plusieurs pays ont resserré leurs critères pour les parents qui désirent adopter un enfant à l'étranger, il y a deux ans, le nombre de demandes pour l'adoption d'un enfant québécois a considérablement augmenté au Centre jeunesse de Montréal, où on accueille annuellement 30% plus de demandes.

Mis à jour le 15 févr. 2009
Katia Gagnon LA PRESSE

Il y a quatre ou cinq ans, quatre rencontres par année étaient organisées pour les parents qui désiraient adopter un enfant grâce au programme banque mixte de la Direction de la protection de la jeunesse à Montréal. On comptait environ 25 parents par rencontre. Or, depuis deux ans, deux rencontres supplémentaires ont dû être organisées chaque année, et le nombre de participants à chaque réunion a doublé. «C'est une augmentation considérable», dit Michel Carignan, chef du service adoption au Centre jeunesse de Montréal.

Pourtant, le nombre d'adoptions québécoises demeure assez stable. Une soixantaine d'enfants québécois sont adoptés chaque année par le biais du programme banque mixte. Résultat: quelque 125 parents sont actuellement en attente d'évaluation.

Cette «avalanche de demandes» résulte de la conjonction d'une série d'événements, croit le chef du service adoption du CJM. D'abord, plusieurs pays ont considérablement resserré les critères pour la sélection des parents autorisés à adopter. S'ils veulent adopter en Chine, les couples doivent avoir moins de 50 ans, être mariés depuis 2 ans - ou cinq ans si l'un des deux conjoints a divorcé dans le passé. La famille doit posséder des avoirs de 80 000$ au minimum. En Moldavie, seuls les enfants de quatre ans et plus ou les enfants «à besoins spéciaux» sont désormais admissibles à l'adoption. En Corée, on exige des parents qu'ils aient un «poids santé». Les célibataires et les homosexuels sont exclus dans la plupart des pays.

De plus, poursuit M. Carignan, le programme banque mixte de la DPJ est mieux connu. Et, point capital, les délais d'attente, autrefois interminables, ont beaucoup diminué. Une rencontre préliminaire d'évaluation précède désormais tout le processus, ce qui permet d'indiquer assez rapidement aux familles si elles correspondent au portrait recherché par les services sociaux. «On a changé nos façons de faire. On dit rapidement aux gens si leur rêve pourra se réaliser avec nous. On leur dit un mois après leur inscription», explique-t-il.

«Ce n'est pas toutes les familles qui sont capables d'accueillir ces enfants-là. Moi, je cherche des gens capables de gérer des risques», dit M. Carignan. Il faut en effet être très solide psychologiquement pour faire face à des enfants qui ont parfois de très grandes carences parce qu'ils ont été négligés ou maltraités. Cependant, les critères d'âge du centre jeunesse sont assez souples. On accueille volontiers les couples homosexuels. Les personnes seules ne sont pas refusées, mais on accorde la priorité aux couples.

Au total, le processus d'évaluation, qui compte cinq rencontres de plusieurs heures, peut s'étendre sur plusieurs mois. Une fois que la famille est jumelée à un enfant, elle doit encore patienter en moyenne trois ans avant que l'enfant devienne légalement adoptable et passe à travers tout le processus judiciaire. Entre-temps, les parents biologiques peuvent conserver un droit de visite.

Que sont-ils devenus?

Mais que deviennent ces familles qui ont adopté un enfant québécois? Une chercheuse de l'Université de Montréal, Marie-Andrée Poirier, a voulu répondre à la question. Mme Poirier a retrouvé 46 parents, dont les enfants adoptés avaient entre 15 et 21 ans. Elle a aussi contacté 23 jeunes adoptés.

Au moment du placement dans leur famille d'adoption, ces jeunes avaient en moyenne presque trois ans. Plus de la moitié de ces enfants avaient connu trois déplacements et plus avant de se joindre à leur nouvelle famille. Le processus qui a mené à leur adoption a duré en moyenne trois ans.

De part et d'autre, Mme Poirier a constaté que le bilan est généralement très positif. Une grande majorité de parents - 80% - déclarent que si c'était à refaire, ils adopteraient le même jeune. D'ailleurs, 94% des parents estiment que le jeune adopté fait vraiment partie de leur famille. Le pourcentage est le même chez les jeunes: 91% d'entre eux sentent qu'ils appartiennent à leur famille.

Quelle est actuellement la vie de ces jeunes? «Pour la majorité d'entre eux, ça va super bien», résume Mme Poirier. Près de 61% d'entre eux fréquentent actuellement l'école. Les trois quarts d'entre eux n'ont plus jamais recours aux services de la DPJ après leur adoption. Cependant, 20% des jeunes adoptés ont fini par être replacés dans les services de la DPJ, en famille ou en centre d'accueil, car ils avaient de graves troubles de comportement.

«Nous, comme chercheurs, on trouvait ce pourcentage assez élevé. Mais les intervenants des centres jeunesse ont vu là un très grand succès, compte tenu du degré de difficulté que représente cette clientèle», dit Mme Poirier. En gros, la chercheuse conclut que plus l'enfant adopté est âgé, plus il a vécu dans des milieux de vie différents, plus il est à risque de présenter des troubles de comportement importants à l'adolescence.