À l'image de sa carrière criminelle, Federico Del Peschio a eu droit à des funérailles discrètes, hier, à l'église Notre-Dame-de-la-Défense, au coeur de la Petite Italie, à Montréal.

Mis à jour le 28 août 2009
André Cédilot LA PRESSE

Seuls signes tangibles de ses liens mafieux: les landaus de fleurs accrochés à deux rutilantes limousines, et qui portaient les noms du caïd Tony Mucci, du clan calabrais, et du jeune Lorenzo Lo Presti, 38 ans, fils d'un «homme d'honneur» sicilien assassiné au début des années 90.

 

Près de 300 personnes ont assisté à la cérémonie funèbre. Après la sortie du cercueil, plusieurs visages connus de la mafia montréalaise sont demeurés un bon moment sur le parvis de l'église. Parmi eux, Nicolo Rizzuto, l'aîné de Vito Rizzuto, sortait des rangs, tellement il ressemble à son père et en impose par sa forte stature. La mère, la soeur et les deux autres enfants du chef mafieux emprisonné aux États-Unis étaient également sur place.

À la fin des années 80, Del Peschio avait écopé cinq ans de pénitencier au Venezuela, en marge d'une affaire de trafic de cocaïne impliquant le clan Rizzuto. Nicolo Rizzuto, le père de Vito, et un associé de longue date, Gennaro Scaletta, avaient aussi été condamnés. En rupture de ban avec les Rizzuto, ce dernier a récemment témoigné dans un procès qui se tient en Italie dans le cadre de la fameuse enquête Orso Bruno sur des opérations de blanchiment d'argent impliquant présumément des membres de la famille Rizzuto, ainsi que de leurs associés de Montréal et d'ailleurs dans le monde.

Âgé de 59 ans, Federico Del Peschio était un fidèle soldat du clan Rizzuto depuis plus de 25 ans. Tout en étant l'un des propriétaires du restaurant La Cantina, dans le nord de Montréal - Vito était un client assidu -, Del Peschio trempait discrètement dans divers rackets, dont le prêt usuraire. Il avait notamment des contacts pour faire entrer d'importantes quantités de haschisch.

Sans l'avoir cherché, Del Peschio fait parler de lui depuis vendredi matin, alors qu'un homme sorti de nulle part a ouvert le feu sur lui, à l'arrière de son restaurant du boulevard Saint-Laurent. L'arme a été retrouvée, mais pas le suspect. Un meurtre entaché de zones d'ombre que certains attribuent à des divergences au sein de la mafia locale, et d'autres à une transaction qui a mal tourné. Des rumeurs dans le milieu veulent même qu'il se soit frotté à des petits criminels qui voulaient le rançonner.

«Une mort inutile, pourquoi?» ces mots étaient d'ailleurs sur toutes les lèvres lors des funérailles, hier. Dans l'entourage de Del Peschio, on chuchote qu'il avait repris ses activités sur le terrain, après avoir été appelé à la rescousse par les hauts dirigeants du clan Rizzuto. Fortement touchée par l'opération Colisée, en novembre 2006, l'organisation n'a plus le même leadership. Malgré l'avis de sa famille et de ses amis, Del Peschio aurait accepté d'agir comme «candidat de compromis», en attendant la libération de Vito. Celui-ci est incarcéré depuis 2004 pour sa participation à un triple meurtre commis à New York, en 1981. Il est présentement détenu dans un pénitencier de haute sécurité de Denver, au Colorado.

De son côté, la police se contente de dire que l'enquête continue, et qu'elle espère identifier les commanditaires du meurtre de Del Peschio. Cachée à bord d'une fourgonnette, une policière a pris des photos des mafieux qui ont assisté aux funérailles. Seul le temps pourra peut-être permettre de connaître le véritable mobile de ce règlement de comptes.