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Pierre Paradis se dit victime d'une vendetta

Pierre Paradis a rencontré La Presse, dimanche, dans sa somptueuse résidence... (PHOTO FRANÇOIS, ROY LA PRESSE )

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Pierre Paradis a rencontré La Presse, dimanche, dans sa somptueuse résidence de Bedford.

PHOTO FRANÇOIS, ROY LA PRESSE 

Denis Lessard
La Presse

(Bedford) Inconduite sexuelle, indemnité de résidence, retour du monopole de l'UPA : les tuiles se sont accumulées depuis 18 mois sur la tête du député de Brome-Missisquoi Pierre Paradis. Sans compter celle qui l'a frappé, littéralement, et a causé une commotion cérébrale qui l'a laissé de toute évidence diminué.

Après 18 mois de cauchemar, l'ancien ministre libéral plaide son innocence. Il a rencontré La Presse pendant quelques heures, hier, dans sa somptueuse résidence de Bedford. Il paraît évident qu'en dépit de ce qu'il souhaitait, il ne pourra se rendre à l'Assemblée nationale à temps pour prendre la parole avant la fin de la législature, vendredi. Il est tout aussi évident, bien qu'il laisse ici planer un doute, qu'il ne sollicitera pas un nouveau mandat aux prochaines élections générales.

«La politique est un sport extrême, tu donnes des coups, tu t'attends à en recevoir», observe le député Paradis. L'homme est diminué, il a perdu un peu de poids, il est un peu plus voûté. Sa voix n'a plus l'assurance goguenarde de l'avocat cultivateur qui était arrivé en politique il y a 37 ans comme défenseur des producteurs de porc. L'entrevue se déroule dans une pièce aux volets tirés; il supporte mal la lumière vive et passe ses journées avec des verres fumés. D'entrée de jeu, il prévient que sa mémoire est parfois défaillante, et l'espace d'un instant, il fermera les yeux, silencieux, semblant en proie à la douleur. Il ne conduit plus depuis 18 mois.

La dernière année aura été une course à obstacles pour Pierre Paradis. Janvier 2017, il a été démis de ses fonctions de ministre et expulsé du caucus libéral le temps que la Sûreté du Québec enquête sur des allégations d'inconduite sexuelle formulées par son ancienne chef de cabinet, Valérie Roy. Le Directeur des poursuites criminelles et pénales a décidé qu'aucune accusation ne serait portée. Au même moment, sa capacité de réagir était diminuée - il a subi une commotion cérébrale, la cinquième à vie pour cet adepte de l'équitation. 

La semaine dernière, il faisait à nouveau la manchette : son ex-chef de cabinet était allée porter plainte à l'Unité permanente anticorruption pour usage frauduleux de fonds publics. Constatant que la conduite d'un député en ces matières n'était pas de son ressort, la police a envoyé l'enquête sur le bureau de la nouvelle commissaire à l'éthique de l'Assemblée nationale. Me Ariane Mignolet a publié un rapport accablant la semaine dernière, affirmant qu'à partir de son allocation de résidence, le député Paradis avait illégalement favorisé sa fille et son gendre.

Cette semaine, les députés devront voter sur une résolution invitant l'élu de Brome-Missisquoi à rembourser 24 400 $ - un vote où plusieurs abstentions sont à prévoir. À la radio, l'ex-directrice du Devoir Lise Bisonnette s'est dite «troublée par le rapport» et a parlé d'une enquête «opiniâtre et acharnée», d'un «procès kafkaïen» au «ton vengeur, qui a des odeurs de règlement de comptes».

«Abandonné, humilié et trahi» par Couillard

Pour Pierre Paradis, la cerbère de l'Assemblée nationale lui fait un mauvais procès. Elle aurait dû d'abord se récuser, puisque l'accusation vient d'une de ses anciennes employées à l'Assemblée nationale - elle était secrétaire de commission avant de diriger le cabinet du ministre de l'Agriculture. Il voit même dans ses mésaventures la main de l'Union des producteurs agricoles (UPA) - juste avant la plainte à la police, il avait fait adopter une réforme contestée par l'UPA.

Les agriculteurs n'avaient plus besoin de faire partie du syndicat pour avoir droit au remboursement de taxe foncière. On lui aurait fait payer cher sa détermination. Avant même que ses déboires soient connus, l'UPA connaissait la dénonciation de sa chef de cabinet, soutient-il. Curieusement, Philippe Couillard avait publiquement appuyé la mesure avant que Québec ne vire à 180%, avant même de recevoir le rapport d'expert commandé. «Comme les agriculteurs», Pierre Paradis s'est senti «abandonné, humilié, trahi» par Philippe Couillard.

Tous les députés dont la circonscription est en dehors de la région de Québec ont droit à une allocation de logement - indexée, elle atteint maintenant 1500 $ par mois. Une seule disposition l'encadre, qui relève du Bureau de l'Assemblée nationale : ces députés ont droit au remboursement de leurs frais de logement, que ce soit la location d'une chambre d'hôtel ou du loyer d'un logement. L'allocation peut être utilisée pour acheter un condominium, qu'il soit propriété du député ou de sa conjointe, indique-t-on. Lors de la revente, le député empoche la valeur du condo et le gain de capital.

De son élection en 1980 à 2002, Pierre Paradis vivait à l'hôtel. De 2002 à 2009, il louait un appartement près du parlement et vivait avec sa fille, alors étudiante. De 2009 à 2012, il louait dans la rue Aberdeen, tout près du parlement, un appartement où vivaient aussi sa fille Hélène et son conjoint. De mai 2012 à décembre 2015, cette allocation servira à payer un loyer à ce couple, qui a acheté un condo rue De Bienville, encore là tout près du parlement. Quand le couple a acheté une maison en banlieue, en décembre 2015, Paradis a recommencé à vivre à l'hôtel, jusqu'au début de 2017. À ce moment, en convalescence à la maison, il ne réclamait plus d'allocation de logement.

Trois condos

«Si j'avais voulu, en 38 ans, j'aurais pu m'acheter trois condos, tous payés par l'allocation de logement», lancera Paradis, qui insiste : ses choix de vie n'auront pas coûté un sou de plus aux fonds publics. La pratique est bien connue et acceptée. Un député actuel a déjà payé un appartement qu'il loue tandis qu'il se sert de son allocation pour en payer un deuxième. Une ex-ministre empoche son allocation de logement bien qu'il soit connu qu'elle réside à Québec - ses enfants y sont inscrits à l'école et son conjoint travaille dans la capitale. «Après les élections, au bureau du whip, le babillard sera plein de logements à vendre, tous payés par ces allocations de résidence», observe Pierre Paradis.

La commissaire Mignolet souligne que le Code de déontologie des députés stipule qu'ils ne doivent pas avantager un de leurs proches. Un député ne pourrait pas embaucher sa conjointe, par exemple. «Dans le cadre de sa charge», observe M. Paradis, affirmant que la gestion de sa résidence est une affaire privée. Or, la commissaire «est rendue dans les chambres à coucher! Elle a mesuré mon lit». Elle a déploré l'absence de collaboration du député. Il se souvient d'un interrogatoire où il est parti rapidement. «Avant de lui arracher la tête... j'ai préféré sacrer mon camp.»

Le fait d'héberger un enfant aux études est parfaitement accepté, «à nulle part il est dit que la règle change quand l'enfant n'est pas aux études», observe M. Paradis. La commissaire Mignolet s'est même rendue vérifier la grandeur de la chambre dont disposait Pierre Paradis quand il vivait chez sa fille, puis en a fait évaluer la valeur locative par la Ville de Québec.

Au bout de 60 pages, la commissaire observe que le Code et la directive du BAN sur l'allocation devraient être harmonisés - on peut s'interroger sur leur droit de s'approprier la plus-value de ces biens achetés par les fonds publics. Un travail pour la prochaine législature, soutient-elle.




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