Secousse sismique mardi sur la planète péquiste : Pierre Karl Péladeau réfléchit à voix haute sur un retour en politique. L'ancien chef du Parti québécois, qui se décrit «en réserve de la République», serait accueilli à bras ouverts par son successeur Jean-François Lisée.

DENIS LESSARD LA PRESSE

Les deux hommes en ont discuté fréquemment, a indiqué Lisée. «Pour l'instant, c'est non. Ce qu'il nous envoie comme signaux, c'est non», a-t-il révélé en point de presse à Trois-Rivières, en route pour le caucus de ses députés qui débute demain à Shawinigan. Point de presse impromptu, rendu nécessaire par le retentissement d'une entrevue donnée en matinée par M. Péladeau à la radio de Radio-Canada. «Bien sûr que je souhaite la venue de quelqu'un d'aussi fort, d'aussi déterminé, avec une expérience économique aussi forte. Je trouve que ce serait une bonne idée. Je le lui ai dit, il le sait», a souligné Jean-François Lisée.

Il souhaite surtout un retour de M. Péladeau à temps pour «l'élection cruciale» d'octobre prochain. «Il sait que je souhaite qu'il vienne, et il sait que je sais que cela lui pose des difficultés importantes», mais «la porte est grande ouverte», a insisté Lisée.

M. Péladeau laisse planer le doute quant à un retour en politique active. Sa situation familiale a changé, son divorce avec Julie Snyder avait forcé son départ précipité de la direction du PQ en mai 2016.

«Évidemment, les choses ont bien évolué depuis mon départ, j'ai une garde partagée qui est sanctionnée par le tribunal, donc tout se passe bien. Est-ce que la vie politique est conciliable avec la famille? Moi je pense que oui...», a-t-il conclu.

Même sa fille Romy, 9 ans, la semaine dernière en regardant la télé avec son père, l'a incité à reprendre du service : «Il faut que tu te présentes, il faut que tu y ailles, que tu y ailles...», a dit Péladeau dans un éclat de rire.

Choisir entre la vie politique et sa famille aura été un choix «shakespearien», se souvient-il. «On ne peut pas faire le choix entre son activité professionnelle, politique et ses enfants. On doit, en ce qui me concerne, faire le choix des enfants et c'est le choix naturel que j'ai fait.»

«Pour l'instant, évidemment, je suis en réserve de la République, a-t-il laissé tomber. Je dirige Québecor. Nous avons beaucoup de projets et j'entends bien pouvoir les poursuivre. C'est sûr que comme citoyen, je vais participer au débat, a souligné M. Péladeau qui commente fréquemment l'actualité politique sur Twitter.

«Je l'ai dit au dernier conseil. Vous savez que j'ai quitté la politique. Ce n'était pas mon souhait, bien au contraire», a-t-il dit à l'animatrice Catherine Perrin. Quand elle lui a demandé s'il reviendrait, il a répliqué, comme il l'avait fait au congrès péquiste de septembre dernier : «Dieu seul le sait!»

«Je me sentais très bien»

Propulsé rapidement de backbencher à chef de l'opposition, il rappelle avoir dû faire un apprentissage rapide devant des politiciens aguerris comme Philippe Couillard, Pierre Moreau et Martin Coiteux. «Ça n'a pas été nécessairement toujours facile au départ, mais après ça, je pense que je me suis bien acclimaté. Je me sentais très bien.»

Mardi, Lisée ne laissait pas de doute sur son intention de demeurer chef même si le joueur étoile reprenait du service, des conjectures «divertissantes», a-t-il dit. Dans l'équipe actuelle, «il y a plusieurs chefs potentiels du Parti québécois, moi, je ne serai pas là pour plus que trois mandats», a-t-il lancé à la blague.

«On est dans une situation où il serait député, peut-être ministre [...], il faut que Pierre Karl prenne une décision : va-t-il participer à l'élection cruciale cette année ou, pour des raisons parfaitement respectables, il préfère revenir plus tard en politique? Ce sera toujours un bon moment», a souligné le chef péquiste.

Un reporter risqua même une question sur la circonscription que pourrait éventuellement occuper M. Péladeau. «Ce ne sera pas un problème, si Pierre Karl Péladeau revient... ce ne sera pas un problème», a répondu, amusé, M. Lisée.