Après deux semaines à laisser la population commenter les fuites de son projet de valeurs québécoises sans infirmer les informations véhiculées, le gouvernement péquiste déposera finalement les intentions de son projet de charte des valeurs québécoises.

Mis à jour le 29 août 2013
Paul Journet LA PRESSE

Il en fera l'annonce peu avant la rentrée parlementaire, le 9 septembre. La nouvelle a été confirmée à La Presse par une source proche du dossier.

Lisée lance un appel au calme

Aucun cas récent d'intolérance n'a été signalé, mais le ministre de la Métropole Jean-François Lisée a tout de même voulu lancer, par prévention, un appel au calme. En attendant qu'une charte des «valeurs québécoises» soit adoptée, le port des signes religieux est permis dans la fonction publique.  

Au caucus de pré-session du Parti québécois en Gaspésie, il a insisté sur le «respect que les Québécois doivent avoir dans ce débat, en particulier envers nos concitoyens qui portent des signes religieux dans la société et dans les services publics».

«Pour l'instant, c'est permis et ça doit être respecté, a-t-il rappelé. J'appelle tout le monde à être respectueux les uns envers les autres.»

Pourquoi lancer ce message aujourd'hui? «Il n'y a pas de cas ou de raisons particulières, mais j'aime mieux faire de la prévention», a-t-il répondu.

Peu avant, il s'était désolé d'une «tradition qui continue»: le sport national, selon lui, du Québec bashing. Il référait aux critiques des médias du reste du Canada ainsi qu'à la plus récente salve du chef du Parti libéral du Canada, Justin Trudeau, contre le projet de charte des valeurs québécoises.

Hier à l'Île-du-Prince-Édouard, pour célébrer le 50e anniversaire du plus célèbre discours de Martin Luther King, M. Trudeau a fait un lien indirect entre les anciens États américains ségrégationnistes et le projet de charte péquiste.

«Quand on réfléchit au 50e anniversaire de ce discours magnifique du Dr King, qui refusait la ségrégation, qui refusait la discrimination, qui refusait de permettre de croire qu'il y avait des citoyens de seconde classe, on voit malheureusement que même aujourd'hui, quand on parle, par exemple, de cette idée de charte des valeurs québécoises, qu'il y en a encore qui croient qu'il faut choisir entre sa religion et son identité québécoise», a-t-il dit, selon ce que rapporte Radio-Canada.

Justin Trudeau critiqué

Le ministre des Institutions démocratiques et responsable du projet de charte, Bernard Drainville, a critiqué le ton, sans vouloir jeter les gants contre le chef libéral canadien.

«Je pense que M. Trudeau devrait prendre acte du fait qu'on veut que ce débat se fasse dans le respect de toutes les opinions. On n'est pas obligé d'être d'accord, mais on devrait être capable de se parler sans se lancer de gros mots ou s'invectiver. Je l'invite à élever le débat», a-t-il dit.

«On essaie d'avoir une discussion intelligente, modérée, sur une question sérieuse, délicate», a renchéri M. Lisée. Différentes sociétés occidentales répondent différemment à cette question, a-t-il ajouté. La véritable intolérance, soutient-il, c'est de croire que le modèle multiculturaliste canadien est le seul valable. «La Cour européenne a déclaré que tous les pays européens ont le droit d'interdire des signes religieux au nom de la laïcité. Certains le font différemment. De dire qu'on n'a pas le droit, nous, d'avoir cette discussion-là, c'est un peu excessif».