Le «bénévole de l'année» du Parti libéral du Québec (PLQ) en 2010, Louis-Georges Boudreault, figure parmi les 15 personnes arrêtées mardi par l'Unité permanente anticorruption (UPAC). Il a été accusé d'abus de confiance et de participation à une infraction.

Paul Journet, Denis Lessard et Tommy Chouinard LA PRESSE

Âgé de 77 ans, M. Boudreault est une institution au PLQ, où il milite comme bénévole et permanent depuis 50 ans. Il a longtemps été responsable de l'organisation des campagnes. C'était une éminence grise influente au parti, surtout à l'époque de Robert Bourassa. Il a été permanent du PLQ de 2005 à 2010. Cette année-là, le premier ministre Jean Charest lui a personnellement remis le titre de bénévole de l'année.

En décembre 2011, M. Boudreault a été accusé par le Directeur général des élections (DGE) d'avoir «aidé à ce que des contributions» illégales en argent comptant soient faites au candidat libéral dans Masson, David Grégoire, lors de la campagne électorale de 2008. M. Boudreault a vu son amende être doublée, à 2500$, parce que le DGE estimait que «la gravité objective et subjective des actes reprochés [justifiait] une amende supérieure au minimum prévu». Il a plaidé non coupable à ces accusations et son procès a été fixé au 24 mai. Selon M. Boudreault, c'est le maire de Mascouche, Richard Marcotte - lui aussi accusé par l'UPAC -, qui lui avait suggéré la candidature de M. Grégoire dans Masson.

Une autre personne arrêtée mardi par l'UPAC, Normand Trudel, avait des liens avec les partis politiques. En 2008, il a organisé un cocktail de financement du PLQ chez lui, à Terrebonne. L'invité d'honneur était Jean Charest. Quelque 100 000$ y ont été amassés pour la caisse du PLQ.

Personne au-dessus de la loi, dit Charest

«On a toujours cru qu'il fallait donner à l'UPAC l'occasion de travailler. Je veux répéter aujourd'hui que le gouvernement du Québec ne se mêle pas de ces opérations policières. Et l'opération d'aujourd'hui nous rappelle que personne n'est au-dessus des lois», a dit M. Charest.

«Il y a des arrestations parce que l'UPAC estime qu'elle a des preuves hors de tout doute raisonnable», a affirmé M. Dutil. «On l'a dotée du budget qu'il faut, on l'a rendue permanente, elle fait son travail», a-t-il ajouté. Selon lui, l'UPAC a aussi un «effet dissuasif».

Réactions de l'opposition

«Enfin», l'UPAC porte des accusations, a laissé tomber la chef du Parti québécois, Pauline Marois. Pour le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, les arrestations de mardi ne représentent que «la pointe de l'iceberg». «On a des individus qui sont arrêtés, mais on a un système qui est toujours en place. Je continue d'être inquiet des contrats qui se donnent dans les municipalités, qui se donnent par le gouvernement du Québec», a-t-il affirmé.

Amir Khadir craint que «l'arbre ne cache la forêt». Ces arrestations ne doivent pas détourner l'attention de la «corruption» qu'il y aurait sur la scène provinciale, prévient le député de Québec solidaire.

Selon M. Legault, un «système de copinage [...] s'applique même déjà dans le Plan Nord» parce que des firmes engagées dans ce projet sont «très près» du Parti libéral. «Je ne veux pas nommer de noms», a-t-il répondu aux questions pressantes des journalistes.

L'ancien député et ministre péquiste a relevé que, parmi les personnes accusées mardi, certaines ont déjà participé à des cocktails de financement du PQ: Jean Leroux et André De Maisonneuve, «entre autres». «Je n'ai pas vu, quand j'étais au gouvernement, de contrats être donnés en échange de contributions», a-t-il précisé.

Il a souligné plus tard que «les firmes d'ingénieurs étaient dans les cocktails du Parti québécois autant que du Parti libéral». Des contrats ont-ils été donnés en échange? «J'ai de la misère à imaginer que ces gens-là continuent à être dans les cocktails si ça n'a jamais donné de résultats pendant tant d'années.»

Les noms de M. Leroux et de M. De Maisonneuve «ne disent rien» à Pauline Marois. «Je ne suis absolument pas inquiète, a-t-elle ajouté. Nous avons respecté les règles de financement des partis politiques. S'il y avait qui que ce soit qui ait été impliqué dans des affaires qui n'étaient pas acceptables, ils en subiront les conséquences.»