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ANALYSE

La vitesse, un gros risque pour Charest

Le premier ministre du Québec Jean Charest doit... (Photo: Édouard Plante-Fréchette, La Presse)

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Le premier ministre du Québec Jean Charest doit composer avec un taux d'insatisfaction tournant autour de 70% depuis l'automne.

Photo: Édouard Plante-Fréchette, La Presse

(Québec) Il pensait avoir une fenêtre devant lui. Et il est tombé dans une trappe. Quand il a déclenché les élections, en mars 2003, Bernard Landry était convaincu qu'il pourrait se faufiler entre Jean Charest et Mario Dumont. Dans une lutte à trois avec le Parti libéral (PLQ) et l'Action démocratique du Québec (ADQ), la guerre électorale paraissait «jouable» pour un gouvernement qui avait déjà fait deux mandats.

Or, à peine amorcée, la campagne est devenue un cauchemar pour les stratèges péquistes: l'appui à l'ADQ a vite commencé à s'amenuiser pour tomber en chute libre dans les deux dernières semaines. Dans un duel singulier avec le PLQ, le Parti québécois (PQ) était condamné.

Quand il observe la vitesse avec laquelle la Coalition avenir Québec (CAQ) glisse dans les sondages, Jean Charest doit se demander s'il ne va pas revoir le film de 2003. «Pour un gouvernement, c'est plus facile quand ceux qui offrent le changement sont divisés», observe Youri Rivest, vice-président de CROP.

Taux d'insatisfaction

Même s'il voulait prendre ses adversaires de vitesse, le chef libéral prendrait un risque énorme, plombé par un taux d'insatisfaction quasi sans précédent de 70% parmi les électeurs. En 2003, «seulement» 47% des électeurs se disaient insatisfaits de Bernard Landry, il a tenté sa chance et a perdu. En 2007, Jean Charest est parti en guerre avec 53% d'insatisfaits et a failli échapper le ballon; il a été réélu minoritaire. L'année suivante, il a gagné facilement, alors que seulement 40% d'électeurs étaient insatisfaits de sa performance. Or, depuis un an, de 75 à 63% des électeurs sont mécontents - et depuis octobre 2011, l'aiguille semble bloquée à 70%.

L'anecdote de 1985

Au risque d'entrer dans un «espace promotionnel» bien occupé ces jours-ci, on peut rappeler l'anecdote maintes fois racontée par Pierre Marc Johnson. À l'automne 1985, l'avocat-médecin, nouveau chef du PQ et auréolé premier ministre, pensait avoir sa chance aux élections. Les intentions de vote étaient devenues encourageantes. Après sa défaite, le regretté Robert Bourassa lui avait donné une leçon de choses: «C'est le taux de satisfaction qui compte.» En 1976, il s'était fait laminer dans les élections déclenchées avec 68% d'insatisfaits.

Dans les coulisses libérales, on s'accroche. L'électorat est on ne peut plus «volatil», la remontée subite du PQ ne sera pas durable. De plus, les sondages internet sous-estiment ces «libéraux discrets» qui se dévoilent davantage aux enquêtes téléphoniques. Claire Durand, spécialiste de l'Université de Montréal, ne fait pas confiance aux enquêtes internet. «On peut penser que les électeurs libéraux, plus âgés, sont sous-représentés de deux ou trois points dans ces échantillons», dit Mme Durand qui a étudié le phénomène avec le vote conservateur au Québec.

Pauline Marois bénéficie d'une prime à la résilience. Pour avoir tenu la barre en dépit de l'adversité, des mécontents dans son caucus. Un bon sondage et la famille se retrouve. Après avoir soutenu que le PQ pourrait composer avec le départ de la chef, le député Stéphane Bergeron est tout à coup illuminé; Mme Marois est subitement aussi inspirante que Margaret Thatcher à l'assaut des Malouines! Louise Beaudoin, en décembre, avait dit non à Mme Marois qui l'implorait de revenir. Elle était prête à favoriser l'atterrissage de Gilles Duceppe, mais trouve, subitement, le PQ plus attirant. Pierre Curzi aussi!

La recette de Mme Marois est simple, renouer avec le fonds de commerce: un coup de barre à gauche avec l'abolition de la taxe santé de 200$ pour tout le monde, sauf les riches, et plusieurs sorties pour rassurer les souverainistes. En avance dans les circonscriptions francophones, le PQ peut l'emporter avec 35% des voix. Mais lui aussi a besoin que ses adversaires se divisent. Rien n'est coulé dans le ciment, toutefois. «Il faut se méfier de ces remontées subites», observe Mme Durand. Le PLQ fait piètre figure, avec 18% des voix parmi les francophones, et les députés des régions paniquent à l'idée de déclencher des élections. Le PLQ avait atteint un plancher de 15% d'appui chez les francophones à l'automne 2007 et a gardé le pouvoir un an plus tard.

Mauvais sondages

Les mauvais sondages qu'accumule la Coalition avenir Québec risquent d'avoir un effet d'entraînement. Quand un parti glisse dans les sondages - la CAQ est passée de 39% à 26% selon CROP depuis décembre -, l'argent se fait subitement plus rare. Aussi, les candidats-vedettes qu'on entretient depuis des mois deviennent subitement plus difficiles à joindre. À la CAQ, on fait circuler depuis des mois les noms de Gaétan Barrette, Michael Fortier et de l'ex-libéral Jean Leclerc, à Québec. Or, M. Barrette s'est déjà fait courtiser par le PQ, l'automne dernier, et le ministre libéral Raymond Bachand aurait fait un appel du pied pour attirer le banquier Fortier au PLQ. Jean Leclerc n'a pas répondu aux appels de François Legault. Avec des élections qui subitement paraissent s'éloigner, les «vedettes» ne sont pas pressées.




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