En 1990, Louis Plamondon faisait partie de la coalition de députés libéraux et progressistes-conservateurs démissionnaires qui ont formé le Bloc québécois. En nombre insuffisant pour être reconnu officiellement comme une formation politique à la Chambre des communes, les sept députés étaient considérés comme indépendants et confinés tout au fond de la pièce, entre les rideaux et la porte.

Malorie Beauchemin LA PRESSE

Le 2 juin 2011, lorsque le Parlement a recommencé à siéger, un mois après les élections qui ont décimé le Bloc québécois et porté au pouvoir un gouvernement majoritaire conservateur, Louis Plamondon s'est vu assigner exactement le même siège à la Chambre des communes qu'en 1990.

«Ça donne un choc, dit aujourd'hui le doyen du Parlement, élu depuis 1984. L'histoire se répète.»

Mais à l'heure de faire le bilan d'une très courte session parlementaire, M. Plamondon estime que le Bloc québécois a su tirer son épingle du jeu malgré la défaite crève-coeur qui a réduit le caucus de 47 à seulement 4 députés, provoquant la démission immédiate du chef Gilles Duceppe.

«À la télévision, dans les journaux, la position du Bloc a été exprimée, on a eu notre petit mot à dire, se réjouit le vétéran bloquiste, maintenant chef de l'aile parlementaire. Nécessairement, pour ce qui est de sortir aux nouvelles tous les soirs, on ne rêve pas en couleur.»

L'avantage, selon lui, c'est que le caucus réduit peut compter à la fois sur l'expertise accumulée dans les dernières années sur les dossiers importants aux yeux du Bloc, mais aussi sur trois employés expérimentés, payés par les fonds du parti, pour s'occuper de la recherche, des communications et de l'aspect législatif, ce à quoi les députés indépendants n'ont normalement pas droit.

Quatre questions

Le député de Richmond-Arthabaska, André Bellavance, qui négociait pour le groupe, a aussi pu obtenir certains gains parlementaires, comme le fait de pouvoir poser quatre questions par semaine aux Communes.

Le parti, à l'extérieur d'Ottawa, est par ailleurs en pleine réorganisation. Les 75 associations de circonscription sont toujours actives, n'ont pas de dettes et certaines ont déjà commencé à organiser des activités de financement, assure M. Plamondon.

Un conseil général spécial doit avoir lieu le 17 septembre pour définir les critères pour la course à la direction, qui doit se terminer le 11 décembre.

«Il faut être organisé et financé pour les élections dans quatre ans et on va réussir ça, je suis certain», explique le député bloquiste, qui se dit déçu de la crise au Parti québécois, mais qui ne craint pas pour la survie de l'option souverainiste au Québec.

«Toute division des forces nuit toujours. Les divisions au PQ n'aident pas. Mais ça ne signifie pas pour autant la fin du mouvement souverainiste», dit-il, rappelant qu'en 1984, plusieurs ministres du gouvernement de René Lévesque, dont Jacques Parizeau, avaient démissionné en bloc. «On disait alors que c'était la fin du Parti québécois, la fin du mouvement souverainiste. Mais le PQ a repris le pouvoir en 1994», ajoute le député du Bas-Richelieu-Nicolet-Bécancour.

Du même avis que son ancien chef, Gilles Duceppe, M. Plamondon conclut que le Québec risque l'assimilation s'il ne devient pas indépendant bientôt.

«Le danger, il est là, insiste-t-il. Si on ne fait pas la souveraineté, je prétends que nous sommes en marche vers la provincialisation du Québec, qui sera suivie de la folklorisation, puis de la louisianisation du Québec. C'est ça notre destin. Ou c'est la souveraineté.»

Le Québec, selon lui, s'est «affaibli» en élisant le 2 mai dernier 59 députés du NPD de Jack Layton, mettant à la porte les bloquistes qui étaient majoritaires dans la Belle Province depuis 1993.

«La force vive que le Bloc représentait à Ottawa permettait de relayer toutes les revendications québécoises de l'Assemblée nationale, explique le vétéran. Là, on a un parti (le NPD) qui a des principes et qui va aller selon ces principes, même s'ils sont en contradiction avec la volonté des Québécois.»