Les trois partis d'opposition font front commun contre le projet de réforme de la carte électorale présenté mardi par le gouvernement.

Publié le 16 mars 2011
Jocelyne Richer LA PRESSE CANADIENNE

On assiste donc dans ce dossier à un éternel retour à la case départ.

Car si, à l'Assemblée nationale, tous s'entendent pour dire qu'il faut redessiner la carte électorale, personne n'est d'accord sur la façon de procéder.

Une chose est claire, cependant: les trois partis présents sur les banquettes de l'opposition, le Parti québécois (PQ), l'Action démocratique (ADQ) et Québec solidaire considèrent tous que la proposition déposée par le ministre de la Réforme des institutions démocratiques, Pierre Moreau, est inacceptable et antidémocratique.

Ce dernier disait mardi que sans consensus de l'opposition pour approuver son projet, il serait mis au rancart.

L'impasse demeure donc totale quant à savoir quels seront les contours de la carte électorale lors du prochain scrutin et combien de circonscriptions comptera le Québec alors.

Le gouvernement proposait mardi de faire grimper le nombre de députés de 125 à 128, en ajoutant trois circonscriptions dans la couronne de Montréal, pour rendre compte de l'explosion démographique autour de la métropole. Du même souffle, contrairement au voeu du Directeur général des élections (DGE), il refusait de soustraire trois autres circonscriptions, dans les régions qui se vident de leur population.

Mais de l'avis du député de Québec solidaire, Amir Khadir, la véritable intention du gouvernement consiste à protéger les comtés libéraux.

«Tout ce qui les intéresse, c'est d'assurer leur propre pouvoir au parlement», a-t-il prétendu en point de presse.

«Qu'ils ne viennent pas dire que c'est pour les régions, ou donner plus de pouvoirs aux régions», a-t-il ajouté.

Avec sa réforme, le gouvernement veut en fait reconnaître «une spécificité aux régions», faisant en sorte que les circonscriptions des régions rurales pourraient être maintenues, même si le nombre d'électeurs ne respecte pas le minimum légal. Le but consiste à conserver le poids politique actuel des régions, même si elles se dépeuplent.

Selon le leader de l'opposition péquiste, Stéphane Bédard, le gouvernement savait pertinemment que son projet serait rejeté par l'opposition. Le PQ refuse toute augmentation du nombre de circonscriptions.

Les libéraux ont rendu publique leur proposition «en sachant très bien que tout le monde allait dire que ça n'avait pas de bon sens», selon lui.

De plus, «ce n'est pas aux députés à déterminer eux-mêmes leur comté», a-t-il ajouté lors d'un entretien téléphonique.

Il faut aussi, selon lui, une solution durable, alors que le gouvernement propose un changement temporaire, qui vaudrait uniquement pour la prochaine élection.

Selon Québec solidaire et l'ADQ, une autre faille de la proposition Moreau tient au fait que le gouvernement refuse de procéder à une réforme du mode de scrutin, de manière à y inclure un élément de proportionnelle.

L'ex-DGE, Marcel Blanchet, avait redessiné une nouvelle carte, au cours des dernières années, pour se conformer à la Loi électorale quant aux seuils du nombre d'électeurs par circonscription. La nouvelle carte (qui prévoyait trois nouvelles circonscriptions et trois autres en moins) devait avoir force de loi en décembre. Mais quelques semaines plus tôt, le premier ministre Jean Charest avait surpris tout le monde en annonçant qu'il suspendait le processus, demandant à tous les partis de refaire leurs devoirs et de reprendre tout le processus. Il s'était engagé alors à déposer une proposition en mars avec dépôt d'un projet d'amendement à la loi électorale avant juin.