Québec a acheté l'îlot Voyageur sans réellement connaître l'état de la structure, si l'on se fie aux affirmations du cabinet du ministre des Finances, Raymond Bachand.

Publié le 20 nov. 2010
Ariane Lacoursière LA PRESSE

Le gouvernement du Québec, par l'entremise de la Société immobilière du Québec (SIQ), a acheté l'îlot Voyageur cette semaine à la firme Busac et à l'Université du Québec à Montréal (UQAM). Le gouvernement a payé 20 millions pour cet immeuble en chantier situé à l'intersection de la rue Berri et du boulevard De Maisonneuve et déboursé 25,5 millions pour acquérir les droits de gestion de la Station centrale d'autobus.

 

Mais Québec a fait cette transaction sans connaître l'état du bâtiment. Pourtant, le chantier de l'îlot Voyageur a tourné au fiasco en 2007 et a été interrompu. Les étages supérieurs de l'édifice n'ont jamais été achevés et sont exposés depuis aux intempéries.

À quel point la structure a-t-elle été endommagée? L'UQAM a toujours assuré que de nombreuses études avaient prouvé que tout était intact. Mais l'institution a refusé à ce jour de transmettre les analyses à La Presse. L'UQAM n'a pas rappelé La Presse, hier, pour dire si ces études ont été fournies au gouvernement.

Au cabinet du ministre Bachand, on dit ne pas avoir consulté ces analyses. «Nous, ce qu'on voulait, c'est régler l'impasse contractuelle. Je ne pense pas qu'on soit allé dans ces détails, a reconnu l'attachée de presse du ministre Bachand, Catherine Poulin. Dans les 200 millions que nous avons versés à l'UQAM en 2008 pour éponger sa dette, une portion devait être utilisée pour aménager l'îlot Voyageur pour l'hiver et pour l'entretenir. On ne s'attend pas à des surprises.»

À la SIQ, on confirme que des évaluations de la structure ont été faites par l'UQAM. «Mais nous, on ne les a pas et on n'en a pas fait faire d'autres, affirme le porte-parole de la SIQ, Martin Roy. Le gouvernement nous a donné le mandat de regarder tout ça. On va évaluer la structure pour voir ce qu'on peut faire avec.»

Professeur au département de génie civil de l'Université Laval, Jacques Marchand affirme qu'il ne faut «pas trop s'inquiéter» de l'état de la structure de l'îlot Voyageur. «L'exposition n'est pas trop agressive, dit-il. Entre autres, la structure n'est pas exposée aux sels fondants comme la chaussée.»

Mais M. Marchand croit qu'il serait important de déterminer la qualité du béton utilisé dans l'îlot Voyageur. «Au Québec, le cycle de gel et de dégel peut être dommageable pour le béton. Pour les structures extérieures, on intègre un produit chimique au béton pour mieux le protéger. Mais parfois, quand le béton est prévu pour l'intérieur, on n'ajoute pas ce produit», dit-il.

Les étages actuellement non achevés de l'îlot Voyageur devaient au départ être fermés. Avant de faire l'achat, le gouvernement ne semble pas avoir vérifié si la qualité du béton qui les compose est suffisante pour qu'il résiste aux intempéries.