Jean Charest «alimente le cynisme» et «nourrit la crise de confiance» quand il «se cache» derrière la commission Bastarache pour ne pas répondre aux questions sur la nomination des juges, estime l'opposition.

Tommy Chouinard LA PRESSE

Le Parti québécois et l'Action démocratique du Québec (ADQ) trouvent anormal que le premier ministre soit consulté par la titulaire de la Justice, Kathleen Weil, avant qu'elle ne fasse sa recommandation au Conseil des ministres.Mme Weil a elle-même révélé, vendredi, cette pratique qui a fait sourciller le président de la commission d'enquête sur la nomination des juges, Michel Bastarache. Si M. Charest n'en a pas soufflé mot avant, c'est parce qu'«il sait que ça n'a pas de bon sens», a affirmé Pauline Marois au cours d'un entretien avec La Presse, lundi, au lendemain de son retour d'Haïti.

«Il sait que ça n'a pas d'allure et que dire (qu'il est consulté), c'est dire: «Oui, je suis informé de qui est sur la short list et, oui, ce que dit M. Bellemare est plausible»», a ajouté la chef péquiste.

À la clôture du conseil général du PLQ dimanche, Jean Charest a refusé de répondre aux questions sur son intervention dans le processus de nomination des juges, plaidant que la commission Bastarache «va se pencher sur toutes ces questions».

Selon Mme Marois, «le premier ministre alimente le cynisme, alors que la population attend de lui qu'il assume pleinement ses responsabilités et cesse de faire de la diversion». L'attitude de Jean Charest confirme que la commission Bastarache vise à «mettre le couvercle sur la marmite», croit-elle.

À sa connaissance, les premiers ministres péquistes avec qui elle a travaillé n'ont jamais obtenu la liste des candidats qualifiés, pas plus qu'ils n'ont été consultés durant le processus. «Ça ne les empêchait pas d'intervenir au moment où la présentation de la proposition était faite» par le ministre de la Justice au Conseil des ministres. Un premier ministre a alors «toujours le loisir» de faire des commentaires, mais «il n'a pas à être consulté préalablement».

Sans réclamer la démission de Kathleen Weil, Pauline Marois juge que la ministre de la Justice n'a pas l'expérience requise pour occuper ses fonctions. «Sa crédibilité a été mise à mal», a-t-elle ajouté.

Selon le chef de l'ADQ, Gérard Deltell, l'intervention de M. Charest dans la nomination des juges, «ce n'est pas normal parce que ce n'est pas prévu dans le processus».

C'est «décevant» que le premier ministre n'ait pas parlé de l'existence de cette pratique dès le départ. «On ne comprend pas. Est-ce que le premier ministre veut cacher des choses? Je ne le sais pas. Mais on doit faire la lumière là-dessus», a-t-il dit.