Taxe Netflix, réforme des lois sur les communications, crise des médias écrits : le nouveau ministre du Patrimoine canadien devra s'attaquer à des dossiers qui se sont retrouvés au coeur de l'actualité. Entrevue.

Mis à jour le 20 juill. 2018
Maxime Bergeron LA PRESSE

Les critiques l'attendent de pied ferme dans les dossiers de Netflix, de la refonte de la loi sur les communications ou encore du soutien aux médias écrits. Pour l'heure, toutefois, le nouveau ministre du Patrimoine canadien et du Multiculturalisme, Pablo Rodriguez, savoure sa nomination avant de s'atteler à un mandat qui pourrait être mouvementé.

Le vieux routier de la politique fédérale a décroché son tout premier poste de ministre avant-hier dans le cadre du remaniement annoncé par Justin Trudeau à Ottawa. Il remplace Mélanie Joly à la tête d'un ministère qui a été marqué par les dossiers chauds au fil de la dernière année et qui n'a pas fini de flirter avec la controverse.

En entrevue avec La Presse, le député d'Honoré-Mercier, dans l'est de Montréal, admet s'être senti « comme un petit boutte » lorsqu'il a appris son accession au Conseil des ministres.

« J'ai vécu ça avec énormément d'humilité, et aussi de fébrilité. Pour être honnête, je n'ai pas dormi beaucoup dans les dernières nuits. » - Pablo Rodriguez, ministre du Patrimoine canadien et du Multiculturalisme

L'élu de 51 ans occupait depuis l'an dernier la fonction de whip en chef du gouvernement. Il n'a pas encore rencontré les fonctionnaires de Patrimoine canadien, un ministère qui chapeaute notamment les destinées de CBC-Radio-Canada et d'une série d'institutions culturelles.

Même s'il devra « être briefé » au cours des prochains jours, Pablo Rodriguez a tout de même une connaissance assez poussée du milieu culturel. Il a, entre autres, été porte-parole en matière de culture pendant ses mandats comme député à Ottawa - il a été élu en 2004, 2006, 2008 et 2015.

LA TAXE NETFLIX

S'il n'a pas voulu se prononcer en détail pendant notre entrevue, Pablo Rodriguez sait qu'il hérite d'un dossier brûlant : Netflix. Le gouvernement Trudeau a conclu, l'automne dernier, une entente secrète avec le géant américain de la télédiffusion, entente qui prévoit des investissements de 500 millions dans la production canadienne (dont on ne connaît pas les détails), mais pas de quota minimal en français.

Ce qui est surtout ressorti de cette entente, c'est que le gouvernement Trudeau ne soumettra pas Netflix - ni les autres géants numériques étrangers - au même traitement fiscal que les entreprises canadiennes de même nature. En clair : pas question de les forcer à percevoir les taxes de vente, alors que les services comme illico ou Tou.tv sont tenus de le faire.

« La position du gouvernement demeure la même, c'est-à-dire qu'il n'y aurait pas de nouvelle taxation », a indiqué hier Pablo Rodriguez, ajoutant qu'il étudiera ce dossier avec son équipe.

LOI SUR LES COMMUNICATIONS

Parmi les autres dossiers qui aboutissent sur le bureau de Pablo Rodriguez, on retrouve la réforme des lois sur les communications. Cette refonte vise notamment à amener une plus grande contribution des groupes étrangers comme Netflix et Spotify à la production de contenu canadien.

Mélanie Joly avait annoncé « la fin de la récréation » dans ce dossier le mois dernier, mais le rapport définitif qu'elle a commandé à un groupe d'experts sera seulement rendu en janvier 2020... donc après les élections fédérales d'octobre 2019. M. Rodriguez devra décider s'il leur demande d'accélérer la cadence.

MÉDIAS ÉCRITS

Le nouveau ministre sera aussi appelé à intervenir - ou pas - dans la crise des médias écrits. Plusieurs grands quotidiens canadiens réclament un soutien financier du gouvernement fédéral, qui pourrait prendre la forme de crédits d'impôt sur la masse salariale. Ces journaux sont affaiblis par le déplacement massif de revenus publicitaires vers les groupes américains Facebook et Google.

« Ma réflexion, à l'heure actuelle, est que je reconnais à quel point ces journaux sont absolument essentiels pour notre démocratie, a fait valoir le ministre. Ils ont joué depuis le début ce rôle et continuent de le jouer. Je vais discuter avec l'équipe là-dessus dans les prochains jours. »

Pablo Rodriguez recevra bientôt une lettre de mandat du premier ministre pour établir ses priorités d'ici les prochaines élections fédérales. Il compte rencontrer « sans perdre de temps » une série d'intervenants des milieux culturel et médiatique, a-t-il indiqué hier.

Chris Wattie, archives REUTERS

Mélanie Joly est désormais ministre des Langues officielles, de la Francophonie et du Tourisme.