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Crise des médias: le Sénat veut agir avant que «les cadavres» soient enterrés

Deux sénateurs de premier plan - dont le... (Photo Fred Chartrand, Archives La Presse canadienne)

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Deux sénateurs de premier plan - dont le libéral Serge Joyal (notre photo) - ont confié à La Presse s'inquiéter au plus haut point du péril « urgent » qui plane sur les médias écrits.

Photo Fred Chartrand, Archives La Presse canadienne

Devant « l'insensibilité » et « l'aveuglement » du gouvernement Trudeau face à la crise qui balaie le secteur de la presse écrite, le Sénat envisage maintenant de jouer un rôle plus actif dans ce dossier. La chambre haute du Parlement songe à déclencher des audiences nationales pour trouver des solutions plus efficaces que celles proposées dans le budget fédéral de mardi.

Deux sénateurs de premier plan - le libéral Serge Joyal et l'indépendante Raymonde St-Germain - ont confié à La Presse s'inquiéter au plus haut point du péril « urgent » qui plane sur les médias écrits.

Les fermetures de journaux se multiplient d'un bout à l'autre du pays, et l'éditeur du plus grand quotidien au pays, le Toronto Star, a avoué le mois dernier lutter pour sa survie.

« Il y a effectivement un contexte d'urgence et d'environnement d'affaires qui doit être géré maintenant », a fait valoir Mme St-Germain, ancienne protectrice du citoyen du Québec.

« La transition doit se faire dans les toutes prochaines années, parce qu'après, il sera trop tard », a-t-elle dit.

Le gouvernement fédéral a présenté deux mesures d'aide aux médias écrits dans son dernier budget. Ottawa accordera 50 millions d'ici cinq ans à des organisations non gouvernementales en vue de soutenir le journalisme local dans les communautés mal desservies. L'État étudiera aussi de nouveaux modèles d'affaires qui pourraient permettre les dons privés et le soutien philanthropique aux « fournisseurs de journalisme », tout en respectant l'indépendance des salles de rédaction.

Serge Joyal estime que ces mesures sont insuffisantes.

« Si le gouvernement attend encore un peu que les journaux s'écrasent les uns après les autres, ils auront simplement à enterrer les cadavres. À mon avis, ce n'est pas la manière d'assumer la responsabilité publique. Il y a vraiment urgence à mon avis. »

« DEUX POIDS, DEUX MESURES »

L'aggravation de la crise survient au même moment où des voix de plus en plus nombreuses s'élèvent contre le traitement fiscal préférentiel accordé aux géants étrangers du web. Google et Facebook accaparent plus de 70 % des recettes publicitaires au Canada - près de 6 milliards de dollars l'an dernier - sans facturer aucune taxe de vente ni payer d'impôt des sociétés à la hauteur de ces revenus.

Pierre Karl Péladeau, président de Québecor, a déploré cette semaine la « duplicité » d'Ottawa dans ce dossier. Dans un communiqué, le propriétaire du Journal de Montréal a accusé le gouvernement fédéral « de tourner le dos aux entreprises d'ici, pour faire les beaux yeux aux géants étrangers du web ».

Cette politique du « deux poids, deux mesures » est « absolument incompréhensible » aux yeux de M. Joyal.

« Ce qui reste pour les autres, c'est des miettes. On assiste à l'attrition progressive et à l'étouffement progressif des grands médias canadiens », a dit Serge Joyal, sénateur libéral.

« C'est un objectif auquel le gouvernement ne peut pas être insensible et dont il ne peut tout simplement se désintéresser, plaide-t-il. Il y a là un besoin d'intérêt public, aussi important que celui de tenir des élections. »

Serge Joyal admet avoir du mal à s'expliquer la position du gouvernement de Justin Trudeau, qui semble favoriser les grands groupes étrangers du web au détriment des médias canadiens.

« L'impression qu'on a, c'est que le gouvernement est emporté par le type de société dans laquelle on vit présentement, a-t-il avancé. C'est l'immédiateté, ce qui est véhiculé par l'image de votre téléphone cellulaire, et ça suffit.

« Le gouvernement ne semble pas privilégier la responsabilité qu'il a d'assurer la réflexion à la base de la vie démocratique et de l'information, qui est le nerf de la guerre de la vie démocratique. »

ENQUÊTE SPÉCIALE

Le Sénat a reçu mercredi des représentants de l'industrie des médias à l'occasion d'une séance de son caucus ouvert. Selon Raymonde St-Germain, qui copréside ce caucus où différents enjeux sociaux sont abordés, les sénateurs sur place se sont montrés fort intéressés par les présentations, dont celle de Pascale St-Onge, présidente de la Fédération nationale des communications (CSN).

« L'objectif pour nous, c'est de voir comment le Sénat, dans sa fonction d'améliorer les politiques publiques, peut voir comment une presse libre, professionnelle, pourra travailler dans un contexte qui lui est plus favorable au Canada », explique la sénatrice.

« Qu'on prévienne non seulement d'autres fermetures, mais aussi le phénomène des fake news », a dit Raymonde St-Germain, sénatrice indépendante.

Le Sénat canadien a pris les devants dans plusieurs dossiers chauds depuis deux ans avec des projets de loi musclés. La chambre haute a notamment joué un rôle dans la protection des sources journalistiques, l'aide médicale à mourir ou encore l'encadrement de la légalisation du cannabis. Sans s'avancer sur un remède en particulier, Mme St-Germain estime que le Sénat pourra travailler à des « solutions multifactorielles » dans le dossier des médias.

« Ça peut prendre la forme d'une enquête spéciale et d'un rapport d'un des comités sénatoriaux, ça peut être un exemple, a-t-elle avancé. C'est certain qu'il y aura un suivi. »

La sénatrice estime qu'il y a moyen de trouver des façons de soutenir les médias écrits sans entraver l'indépendance des salles de presse. Des « balises très claires » peuvent être établies, dit-elle, comme c'est le cas avec la Société CBC/Radio-Canada, qui a reçu 1,1 milliard en financement public l'an dernier.

GROUPE DE RÉFLEXION

Serge Joyal mentionne pour sa part la possibilité de lancer un groupe de réflexion national sur le sujet. Il cite en exemple la commission Caplan-Sauvageau, qui s'était penchée sur le secteur de la radiodiffusion et sur l'avenir de Radio-Canada au milieu des années 80.

« Je ne vois pas un ministre du gouvernement arriver avec des propositions qui n'auraient pas été déjà réfléchies et, comme on dit communément, débattues sur la place publique de manière à pouvoir développer un consensus », a fait valoir M. Joyal.

La façon dont sera répartie l'aide gouvernementale de 50 millions sur cinq ans sera « développée au cours des prochaines semaines », a indiqué Mélanie Joly, ministre du Patrimoine canadien, dans un point de presse tenu mercredi. Elle souhaite avant tout que ce programme respecte l'indépendance des salles de presse.

Cette aide d'Ottawa a été jugée insuffisante et qualifiée de « miettes » par la Fédération professionnelle des journalistes du Québec. Médias d'info Canada, le plus grand regroupement de journaux au pays, s'est de son côté dit « déçu par le manque de soutien à l'industrie ».

Divers modèles de soutien étatique à la presse écrite existent ailleurs dans le monde. Selon une étude publiée en 2016 par la firme MCE Conseil, l'aide directe et indirecte par personne s'élève à 1,93 $ par année au Canada, contre 5,83 $ aux États-Unis, 18,17 $ au Royaume-Uni, 29,26 $ en France, 57,65 $ en Norvège et 92,93 $ en Finlande.




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