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Aucun retour possible au Bloc tant que Martine Ouellet y sera

« J'ai eu plusieurs crises au Bloc québécois. C'est... (PHoto Sean Kilpatrick, La Presse canadienne)

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« J'ai eu plusieurs crises au Bloc québécois. C'est sans doute la plus profonde », a affirmé mercredi Louis Plamondon, qui a été élu pour la première fois à la Chambre des communes en 1984.

PHoto Sean Kilpatrick, La Presse canadienne

Les sept députés qui ont claqué mercredi la porte du Bloc québécois ont encore leur parti « tatoué sur le coeur », mais ils refusent catégoriquement de réintégrer le caucus tant que Martine Ouellet restera à sa tête.

« Tant qu'elle sera en poste, on n'y retourne pas », a tranché Monique Pauzé, députée de Repentigny, quelques heures après son départ fracassant en compagnie de six autres bloquistes désenchantés.

Les députés nouvellement indépendants ont siégé pour la première fois sous l'appellation de « Groupe parlementaire québécois » à la Chambre des communes, mercredi après-midi. Ils entendent conserver leur carte de membre du Bloc, et disent encore adhérer à toutes les valeurs du parti indépendantiste, mais excluent toute collaboration avec Martine Ouellet.

« Le problème, c'est que depuis un an, ça a été une accumulation de frustrations, a lancé Monique Pauzé en entrevue avec La Presse. Sa forme de leadership est au coeur de la raison de notre départ. Ce qu'elle demande de nous, c'est de la soumission. Malgré le fait que 70 % de son caucus s'en va, elle continue, elle s'obstine. C'est ça, la Martine Ouellet dont on n'était plus capable. »

DÉCISION CRÈVE-COEUR

La nouvelle crise qui secoue le Bloc québécois, la deuxième depuis l'accession de Martine Ouellet à la tête du parti en mars 2017, a commencé tard dimanche soir. Sans avertir sa chef, Gabriel Ste-Marie a annoncé sa démission de ses fonctions de leader parlementaire en raison de la rupture du « lien de confiance » qui l'unissait à Mme Ouellet.

Une réunion de trois heures tenue lundi n'a produit aucun résultat. La courte rencontre d'urgence organisée mercredi matin s'est avérée tout aussi stérile. Les sept députés ont tenu une conférence de presse émotive dans le foyer du parlement pour annoncer leur décision crève-coeur.

Le doyen du Bloc québécois Louis Plamondon a été étranglé par l'émotion en annonçant l'éclatement du parti qu'il a vu naître, entouré des élus qui partent avec lui.

Son collègue Luc Thériault l'a réconforté avant de prendre la parole et affirmer avoir « tout essayé » et partir le « coeur meurtri ».

« Aujourd'hui, on était devant deux choix : soit Mme Ouellet quittait ou soit nous partions. Les Québécois méritent qu'on se tienne debout et qu'on fasse notre job pour eux. On ne pouvait plus continuer à se promener d'une crise à l'autre », a dit le député Luc Thériault.

De retour au micro, le député Plamondon a soutenu qu'il « quitte la chef », mais qu'il « ne quitte pas le Bloc québécois ».

OUELLET S'ACCROCHE

Martine Ouellet, qui siège toujours comme députée à l'Assemblée nationale du Québec et pratique le « transparlementarisme » entre les deux capitales, a refusé de céder les rennes du Bloc. Entourée par les trois seuls députés qui lui restent fidèles - Marilène Gill, Xavier Barsalou-Duval et Mario Beaulieu -, elle s'est dite déçue par la tournure des événements.

L'ingénieure de formation indique avoir discuté des éléments de sa personnalité qui lui sont reprochés avec son équipe. Elle dit être « orientée tâche » et croit avoir développé son « côté orienté personne » au fil des ans, mais peut-être pas assez au goût de ses détracteurs. Elle soutient avoir fait plusieurs propositions pour améliorer le fonctionnement du parti, incluant un recours à la médiation. Sans succès.

Martine Ouellet souligne que la porte du Bloc « restera toujours ouverte » si jamais les sept députés voulaient regagner son giron. Elle ajoute que son allégeance va d'abord et avant tout aux 20 000 membres du parti, qui approuvent sa façon de promouvoir l'indépendance du Québec - contrairement à la majorité de son caucus.

« La journée d'aujourd'hui, ce n'est pas la fin du Bloc québécois », a fait valoir Xavier Barsalou-Duval, loyal à sa chef depuis la première heure.

VENEZ, DIT MAXIME BERNIER

En entrevue avec une journaliste anglophone, le député conservateur Maxime Bernier a dit que son parti serait prêt à accueillir des transfuges bloquistes si ceux-ci misent sur un Québec fort dans un Canada uni. Sans aller aussi loin, son chef Andrew Scheer a tenté de se présenter comme une bonne solution de rechange.

« Les Québécois peuvent être assurés que le Parti conservateur sera toujours là pour défendre leurs intérêts, a affirmé M. Scheer. C'est seulement le Parti conservateur qui fait face au Parti libéral, qui est un parti centralisateur, et c'est le Parti conservateur qui a reconnu les Québécois comme une nation. »

Le néo-démocrate Alexandre Boulerice a rappelé que le NPD avait 16 élus au Québec, soulignant toutefois que son parti avait comme politique de refuser les transfuges des autres formations politiques. « Ce qu'on dit aux gens, c'est que vous pouvez nous faire confiance au NPD pour faire le travail de représenter les intérêts du Québec à Ottawa. »

Le premier ministre Justin Trudeau a quant à lui estimé que les revers du Bloc pouvaient représenter une bonne nouvelle pour le camp fédéraliste. « C'est certain que d'un côté fédéraliste, voir l'appui pour la souveraineté continuer à se réduire tranquillement à travers les différents sondages au fil des années, c'est une bonne chose pour la cause fédéraliste, évidemment. »

APPUI DES JEUNES

Pour l'heure, Martine Ouellet bénéficie encore d'un appui solide du Forum jeunesse du Bloc québécois. Celui-ci a diffusé une lettre témoignant de son soutien indéfectible à la chef, mercredi matin, quelques heures avant la réunion fatidique du caucus bloquiste.

« Nous avons été aux côtés de notre chef, Martine Ouellet, dès le début, nous continuerons de l'être. Nous restons fièrement debout, dans ce parti qui est le nôtre », dit Camille Goyette-Gingras, présidente de l'aile jeunesse du Bloc.

Une certaine confusion régnait mercredi sur la suite des choses pour le Bloc québécois, alors que le personnel politique de la formation s'est divisé entre les deux camps. Les hautes instances du parti se réuniront samedi pour tenter de déterminer plus clairement la marche à suivre.

Selon nos informations, le Groupe parlementaire québécois, qui inclut les sept députés qui ont claqué la porte du parti, aura le droit de poser sept questions par semaine à la Chambre des communes. Ces députés recommenceront à commenter des dossiers d'actualité d'ici une à deux semaines.

«Triste», dit le PQ

La crise qui secoue le Bloc québécois a été suivie de près à Québec, où le Parti québécois (PQ) a déploré l'affrontement « triste » entre la chef Martine Ouellet et ses députés. « C'est triste pour le Bloc québécois, peut-on lire dans une déclaration écrite envoyée par une porte-parole du parti. On comprend, de toutes les déclarations, que bien des divergences internes demeurent. Mais nous avons entendu ce matin, de la part de tous ces souverainistes, un engagement renouvelé pour la cause qui nous unit. » Martine Ouellet a tenté à deux reprises de se faire élire chef du PQ, terminant troisième chaque fois. Elle a quitté le caucus péquiste l'an dernier pour briguer la direction du Bloc québécois. Au sein du PQ, certains se demandent si Mme Ouellet ne sera pas tentée par un retour en politique québécoise si elle décide de quitter le Bloc. On fait valoir que le seul candidat déclaré à l'investiture dans sa circonscription de Vachon, Patrick Ney, est son attaché politique.

- Martin Croteau, La Presse




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