Le caucus du Bloc québécois a explosé ce matin alors que sept députés opposés à leur chef Martine Ouellet ont annoncé leur démission. Le chef historique du parti, Gilles Duceppe, dit que Mme Ouellet devrait partir.

Maxime Bergeron et Philippe Teisceira-Lessard LA PRESSE

« Aujourd'hui, on était devant deux choix : soit Mme Ouellet quittait ou soit nous partions, a dit Luc Thériault. Les Québécois méritent qu'on se tienne debout et qu'on fasse notre job pour eux. On ne pouvait plus continuer à se promener d'une crise à l'autre. »

« On a tout essayé depuis un an, a-t-il poursuivi. C'est le coeur meurtri qu'on part aujourd'hui. »

Les sept députés démissionnaires ont dit vouloir former un « front fort » pour défendre les intérêts du Québec à Ottawa. Ils ont accusé Martine Ouellet d'être dans un « déni total ».

Joint au téléphone, Gilles Duceppe a dit croire que Martine Ouellet devrait saisir le message et quitter la tête de la formation politique. « C'est sûr que je pense qu'elle devrait partir. Quand on perd 70 % du caucus, c'est sûr qu'on devrait s'interroger », a-t-il dit en entrevue. « Ça ne fonctionne pas. Mario Beaulieu avait tiré cette [même] conclusion quand il était venu me chercher [en 2015]. » « C'est un message assez clair », a-t-il continué.

Martine Ouellet a déclaré en conférence de presse qu'elle entendait rester en poste, et que la porte allait rester « grande ouverte » pour les sept députés démissionnaires.

Elle soutient que les discussions n'ont rien donné avec les députés mécontents. « On a même ouvert la possibilité d'aller en médiation. Des fois, aller vers l'aide extérieure, ça peut donner un coup de main. »

Gabriel Ste-Marie, qui avait démissionné de son poste de leader parlementaire du Bloc dimanche soir, avait été catégorique pendant la conférence de presse. Il était devenu impossible de travailler avec sa chef.

« On n'est pas capable de travailler ensemble : il n'y a pas d'écoute. C'est toujours la soumission. »

Il estime que « le Québec n'a jamais été aussi faible à Ottawa qu'aujourd'hui ».

Dans un communiqué, les sept députés démissionnaires écrivent : « La crise qui secoue le Bloc québécois est néfaste tant pour le parti lui-même que pour le mouvement souverainiste. L'image que les indépendantistes sont chicaniers, préoccupés davantage par la promotion d'une option que par les intérêts du Québec eux-mêmes, ne sert que les tenants du fédéralisme. »

Les dissidents -qui formaient 70 % du caucus bloquiste- jugent que le Québec n'a rien à gagner à assister aux disputes incessantes du Bloc.

« Pire, pendant que nous sommes occupés à nous disputer dans l'espace public, nous ne défendons pas adéquatement les intérêts des Québécoises et des Québécois, nous ne jouons pas le rôle pour lequel la population nous a élus, peut-on lire dans le communiqué. Le Québec n'a rien à gagner des disputes du Bloc québécois. Les divergences que nous avons avec notre chef sont malheureusement trop grandes pour qu'une paix durable soit envisageable. »

Ils rappellent aussi les bons coups réalisés par le Bloc depuis 28 ans à Ottawa, de Lucien Bouchard à Gilles Duceppe.

Aux dernières nouvelles, trois députés -- Marilène Gill, Xavier Barsalou-Duval et Mario Beaulieu-- continuaient de soutenir Martine Ouellet.

Outre l'attitude intransigeante de Mme Ouellet, les députés démissionnaires lui reprochaient sa vision dogmatique de la défense de la souveraineté.

Ceux-ci souhaitaient plutôt défendre divers dossiers du Québec à Ottawa, dans le but de convaincre les Québécois du bien-fondé de la souveraineté.

Les députés démissionnaires vont siéger comme indépendants.